Déclaration liminaire du SNEP-FSU au CTM JS

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Monsieur le Ministre, Madame la Ministre,

Ce Comité Technique Ministériel de la Jeunesse et des Sports est le deuxième à se tenir depuis vos nominations. Nous espérons que vous participerez régulièrement à nos travaux et, qu’a minima, vos cabinets respectifs seront systématiquement présents, pour entendre nos remontées de terrain mais aussi de nos propositions, avec la volonté de préserver les spécificités Jeunesse et Sports.
Nous n’aurons pas le temps d’aborder ici tous les sujets sur lesquels nous souhaitons attirer votre attention, nous nous focaliserons donc sur certains points.

L’attractivité des métiers

Les résultats des concours Jeunesse et Sports 2022 viennent d’être annoncés et, pour la première fois s’agissant des professeurs de sport, tous les postes ne seront pas pourvus ! Alors que nous avons la chance d’exercer des métiers de passion, le problème d’attractivité se pose aujourd’hui aussi dans le périmètre Jeunesse et Sports. La dégradation des conditions de travail avec des réformes qui se succèdent et des effectifs qui ne cessent de chuter, ainsi que le manque de reconnaissance de nos métiers, y sont probablement pour beaucoup…

S’agissant des revalorisations financières :
Les Personnels Techniques et Pédagogiques Jeunesse et Sports (professeurs de sports, conseillers d’éducation populaire et de jeunesse, conseillers techniques et pédagogiques supérieurs) sont des corps « assimilés enseignants » et, outre notre histoire commune, nos carrières et nos grilles sont identiques. Par conséquent, nous demandons que toutes les mesures de revalorisation qui concerneraient les enseignants s’appliquent systématiquement aux Personnels Techniques et Pédagogiques Jeunesse et Sports, comme cela avait été le cas avec le protocole PPCR (Parcours Professionnels, Carrières et Rémunérations), moyennant évidemment les éventuelles adaptations nécessaires. Et comme l’ont indiqué nos collègues de la FSU lors du CTM EN du 28 juin dernier, nous ne souhaitons pas des primes comme proposé par le Grenelle de l’Education (qui n’a d’ailleurs pas associé les personnels JS), mais demandons que l’ensemble des carrières de tous les métiers soient revalorisées : ne traiter que les débuts de carrière, de surcroît pour certaines catégories de personnels seulement, donnerait un signal désastreux à la fois à tous nos collègues déjà en poste, qui ont perdu 15 à 25 % de pouvoir d’achat en 20 ans, ainsi qu’à celles et ceux qui se destinent à nos métiers, voué.es alors à connaître une carrière désespérément plate.

S’agissant des conditions de travail :
Les personnels JS n’en peuvent plus des réformes qui se succèdent depuis une vingtaine d’années (RGPP, MAP, RéATE, OTE, …), des baisses d’effectifs, des attaques sur les missions et les conditions de travail (qui sont atypiques) avec pour conséquences une perte de sens et souvent de la souffrance au travail.
Les missions des Personnels Techniques et Pédagogiques, historiquement ancrées dans un objectif de développement, ont été particulièrement dévoyées pendant les 10 ans où nous étions sous l’égide des ministères sociaux pour être réorientées vers du contrôle ou de la réparation sociale. C’est au même moment que nos effectifs ont été particulièrement attaqués, avec une perte de 45% de nos forces vives (nous sommes passés de 8 000 à 4 500 agents environ), la baisse étant particulièrement marquée chez les personnels affectés dans les services départementaux. Et puisqu’on nous refusait de rétablir un ministère Jeunesse et Sports de plein exercice, avec des moyens à la hauteur des ambitions que le gouvernement annonçait dans la perspective des JOP 2024, nous avons porté, en intersyndicale, la revendication d’un pôle éducatif interministériel avec l’Éducation Nationale. Nous ne développerons pas ici les dysfonctionnements rencontrés depuis l’intégration des missions et des personnels Jeunesse et Sports à l’Éducation Nationale il y a un an et demi, car nous préférons nous focaliser sur un problème qui nous semble bien plus grave : la réforme de la gouvernance du sport et la mainmise de l’Agence Nationale du Sport sur les crédits du ministère chargé des sports, mais aussi sur l’ensemble des personnels qui doivent désormais exercer leurs missions pour le compte d’une agence, qu’il s’agisse de soutien au sport de haut niveau ou au sport pour tous. C’est inadmissible et très mal vécu par nos collègues.

Les politiques ministérielles et le service public « Jeunesse et Sports »

Pourquoi revenir, en 2022, à la configuration ministérielle qui existait en 2018/2020, avec d’une part la Jeunesse aux côtés de l’Éducation Nationale et d’autre part les Sports, auxquels sont désormais accolés les Jeux Olympiques et paralympiques ?

Pourquoi avoir placé un secrétariat d’Etat chargée de la Jeunesse et du Service National Universel auprès du ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse mais aussi du ministre des Armées ?

S’agissant des politiques sportives, les 30 minutes d’activités physiques quotidiennes dans le primaire et les 2h supplémentaires de sport par semaine dans le secondaire, sont 2 dispositifs qui ne nous semblent pas pertinents et sur lesquels l’action éventuelle des personnels Jeunesse et Sports est par définition très limitée. Pour le SNEP-FSU, il est préférable de renforcer la pratique de l’EPS et le sport scolaire à tous les niveaux de la scolarité, ainsi que les différentes formes de sections sportives scolaires.

Mais quels sont vos projets pour le développement du sport dans toutes ces dimensions, qu’il s’agisse du plus haut niveau comme du développement des pratiques ? Et quels seront les axes que vous allez développer dans les prochaines directives nationales d’orientation ?
Comment comptez-vous impulser une véritable dynamique autour des Jeux de 2024 qui, à ce jour, concernent très peu de personnels JS dans leur activité professionnelle ?

Quel sera votre positionnement face à l’Agence Nationale du Sport ?

Allez-vous vous opposer à l’affaiblissement et au démantèlement du ministère chargé des sports, en cours depuis plusieurs années ?
Si telle est votre volonté, il convient non seulement d’obtenir une augmentation du budget du ministère chargé des sports, en conservant la main sur ces crédits, mais aussi programmer un plan pluriannuel de recrutement massif de personnels dans les différents corps JS, avec l’ensemble des agent.es qui serait porté par un seul et même BOP et géré par une DRH unique.
Il est aussi nécessaire d’arrêter de recourir à des agences et de multiplier les services à compétence nationale. Après le CGO-CTS, c’est aujourd’hui un projet de création d’un SCN montagne qui nous est soumis pour avis, instaurant un droit d’exception pour les professionnels des métiers de l’encadrement du ski et de l’alpinisme. Nous y sommes fermement opposés et aurons l’occasion de développer nos arguments ultérieurement.

Quelle est votre position concernant le service public de formation ? Nous tenons ici à vous alerter sur la situation insatisfaisante de la formation aux métiers du sport et de l’animation.
Le paysage des qualifications professionnelles est devenu parfaitement illisible pour le public comme pour les employeurs. Certaines formations sont gérées au sein de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, d’autres relèvent de Jeunesse et Sports. La filière JEPS est attaquée de toutes parts, avec des organismes de formation privés (marchands ou associatifs) en quête de formations low cost de type certificats de qualification professionnelle (CQP) ou titres à finalités professionnelles (TFP) mis en oeuvre sans soucis des équilibres. Au sein même de Jeunesse et Sports, on constate que certains PTP JS mettent en oeuvre les formations en CREPS et Ecoles, d’autres les concurrencent au sein d’organismes de formation issus des fédérations, quand d’autres encore habilitent et contrôlent lesdites formations. En lien avec ce constat, le SNEP-FSU estime qu’il est nécessaire de redéfinir le rôle de chacun, de restructurer ce paysage des formations avec l’ensemble des acteurs et peut-être d’aller vers une intervention différenciée de l’Etat en fonction du niveau de diplôme

Départ du directeur des sports

Enfin, nous ne pouvions pas conclure notre déclaration sans dire un mot sur Gilles Quénéhervé. Après le départ de Pierre Oudot, dont l’action pour défendre et promouvoir l’Education Populaire tout au long de sa carrière a été saluée lors du précédent CTM JS, c’est aujourd’hui au directeur des sports que nous devons dire au revoir, à regret. Nous espérions qu’il resterait à nos côtés au moins jusqu’aux JOP 2024. Nous saluons le rôle salutaire qu’il a joué pour la défense et la promotion du service public du sport ainsi que des missions et des personnels JS, à l’écoute et en lien avec les organisations syndicales quand cela a été possible pour lui. Nous lui souhaitons le meilleur pour cette prochaine étape dans sa carrière et espérons que son successeur saura lui aussi instaurer une relation de confiance avec nous.
Merci de votre attention.

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