CDNE des 23 et 24 septembre 2021 – Introduction

Nous avons été interpellés cet été par le tweet de JM Blanquer qui nous a ouvert paradoxalement les portes des grands médias. Dans la suite, quelques déclarations de sportifs, dont la dernière en date, celle de Kevin Mayer dans le Figaro.

Ce tweet a propulsé dans l’espace public l’EPS et son rapport au sport de haut niveau. Ce n’est plus le débat habituel, classique, par exemple celui de l’année précédente suite au 2S2C, où on pose le rapport de l’EPS et du sport comme fait social ou civilisationnel, avec la tendance à construire deux espaces totalement différents et concurrentiels, entre lesquels il faut établir des frontières. Cette posture, que nous avons dénoncée (voir article de la revue EPS), change cet été avec l’interrogation cette fois ci sur la contribution de l’EPS au sport de haut niveau. JM Blanquer dans sa frénésie de communication à moindre frais remercie l’EPS et ses enseignants après les médailles en sport co… et la société civile s’agite. Des sportifs répondent : rien à voir !

On notera cette fois ci l’inversion de la logique, ce n’est plus le monde de l’EPS qui dit : rien à voir avec le sport, c’est l’inverse. Ce qui est plutôt mauvais signe car ça entérine une EPS coupée de son principal champ culturel et n’est même plus considérée comme propédeutique. Ça consacre finalement les effets de la desportivisation et la dédisciplinarisation de l’EPS et des programmes actuels. Si on retire la culture (sportive et artistique) à l’EPS, il reste effectivement le « bouger ». Allons-nous devenir profs de « bouger » ? A nous le bouger et le sport aux autres…

Une phrase est alors apparue comme une évidence, une réponse appropriée et largement acceptée : l’EPS n’a pas vocation à former des champions. Vulgate qui pourrait sans doute être formulée par beaucoup d’entre nous ici.

Or certaines évidences doivent être questionnées. Premièrement imaginons cela dans d’autres disciplines, aurions-nous eu les mêmes discussions ? Que ce serait-il dit si à l’occasion d’un prix de Nobel littérature, le ministre ait tweeté : merci aux profs de français qui ont formés nos écrivain-es ? Pas sûr que ça aurait créé la même frénésie de tweets et d’interviews.

L’école est interrogée dans sa fonction alors qu’un fait est pourtant irréfutable : 100% des sportifs de haut niveau, des écrivains, des mathématiciens etc… sont passés par l’école. Et si l’école a comme fonction de former des citoyens, et bien dans ces citoyens il y a des champions et, plus largement, toute l’élite de la nation. Ce n’est pas être élitiste que de dire ça. Pas plus que c’est misérabiliste de dire que l’on forme aussi des ouvriers…

Il est peut-être temps de revisiter la posture et dire oui, l’école à comme fonction de former toute la jeunesse de notre pays, et donc aussi de former le ou la future championne. Sinon que faire du discours d’autres champions ou championnes qui ont pu dire auparavant : s’il n’y avait pas eu l’école, le sport scolaire… je ne serais pas là ? Par exemple Marie-José Perec dans un documentaire récent (Des îles en or, France TV).

Ce n’est pas une posture philosophique et encore moins polémique à laquelle. C’est une posture syndicale et politique. Même au moment où elle est née, en particulier après l’histoire des CAS dans les années 70 et au moment de l’intégration à l’EN, la volonté de se différencier était une posture défensive) en se définissant par ce qu’on n’est pas et non par ce qu’on est. La peur originelle d’être remplacés par les intervenants moins formés et moins payés agit comme un rayonnement fossile. Une partie de l’imaginaire professionnel, s’est bâtie sur ça.

Il faudrait étudier ça de près au plan historique mais si cette idée a eu sa fonction et a sans doute permis une certaine reconnaissance, ça reste défensif. Faut-il rester défensif ? Aujourd’hui c’est dangereux au regard des volontés ministérielles de montrer qu’on s’occupe du sport. Entrons résolument dans une posture offensive : oui un champion aura été formé par 12 ans d’EPS, bien sûr pas seulement et pas sur sa technicité exceptionnelle.

Bien formé, c’est une autre histoire, qui renvoie au débat notamment sur les programmes. Faisons le pari qu’être offensif sur le sujet pourrait bien nous porter vers un nouveau progrès de l’EPS ou en tout cas contrecarrer les attaques qui peut surgir de profiter de la période pré JOP de Paris pour installer durablement une alternative à l’EPS à la française qui reposait justement sur une formation sportive et artistique pour tous et toutes, une formation omni-sport, ou pour le dire encore autrement une formation poly-technique. Continuer à avancer sur le chemin du séparatisme est un choix politique « perdant-perdant ». Perdant pour l’EPS qui se verra rabougrie à quelques heures non fondamentales, perdant pour le sport qui n’aura plus sa formation universelle sur laquelle s’appuyer.

Cette posture va de pair avec la défense qui a toujours été la nôtre de développement quantitatif et qualitatif du service public, donc de l’EPS, de ses enseignants. Il faut donc dans le même temps dénoncer toutes pseudo propositions, comme le 2S2C, qui cherchent potentiellement à remplacer les enseignants d’EPS par des animateurs moins couteux. On l’a toujours fait, mais la pression politique et économique peut rapidement s’accentuer.

Paradoxe ou brèche, les ingrédients existent pour que l’EPS puisse devenir « une cause nationale ». Reprenons ce terme parce que c’est une proposition d’un rapport de 2 députés, l’un est R. Juanico (PS) que l’on connait déjà pour d’autres rapports et son engagement ces dernières années au côté de MG Buffet sur le sport et l’EPS, l’autre est une députée LREM, ce qui est assez surprenant (surtout quand on voit des propositions comme 3h en lycée). Ce rapport « l’évaluation des politiques de prévention en santé publique », écrit comme proposition n°1 de « définir l’activité́ physique et sportive comme « grande cause nationale » dès 2022 ». Pourquoi ne pas l’adopter comme grande cause syndicale, en la transformant un peu : « EPS cause nationale ».

Ne nous trompons pas, sans rentrer dans les débats que nous avons par ailleurs sur les JO et leurs effets de toutes natures, nous avons une fenêtre médiatique ouverte jusqu’à Paris 2024. Et cette année il y aura l’autre fenêtre, celle de l’élection présidentielle. La question qui est nous est posée est celle de notre capacité à les ouvrir, pas pour le simple plaisir de s’aérer, pour faire avancer cette « cause nationale ». L’activité physique des jeunes, leur éducation sportive et artistique, les répercussions sur leur avenir au regard de la combinaison des évolutions sociétales et de la pandémie depuis 2 ans, ne peut pas être une « sous-cause ».

D’après les contacts médiatiques de cet été, il me semble que la question des moyens (en EPS et pour le sport, cf. encore déclaration récente de T. Ryner) semble gagnée dans l’opinion publique, en tout cas dans les médias, profitons-en pour être, disons-le une dernière fois, offensifs.

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