CDN des 21 et 22 mai 2026 – Introduction

Nous sortons de notre congrès avec des mandats approuvés à une large majorité, cela nous permet de nous projeter collectivement vers la suite. Par collectivement j’entends avec tous et toutes les syndiqué·es, plus largement avec les collègues qui, pour une grande majorité, partagent nos orientations sans avoir encore franchi le pas de l’adhésion, mais aussi à l’intérieur de notre structure en liant la rigueur de l’analyse et du débat à l’organisation du travail commun. La situation politique peut sembler complexe de prime abord, mais pour reprendre Romaric Godin dans son dernier essai, notre rôle est de ne pas accepter ni subir la « polycrise » paralysante, mais d’agir dessus pour y ouvrir des brèches et pour travailler les consciences autour des alternatives souhaitables. Fédérer et politiser autour de ce qui pèse et interagit sur la vie professionnelle, voilà un enjeu immédiat d’activité syndicale. Ce CDN sera évidemment traversé sous de multiples aspects par l’enjeu de l’élection présidentielle de 2027 et de la bascule menaçante vers l’extrême droite.

International

La situation internationale est aujourd’hui marquée par une crise politique et économique liée à la nécessité de trouver par tous les moyens puis de sécuriser de nouvelles sources de profits, mais aussi par la crise écologique qui ne fait que s’aggraver et enfin par une crise anthropologique où les besoins peuvent être créés de toutes pièces. Notre analyse doit pouvoir nous sortir de la complexité apparente de ces crises multiples pour nommer la crise du capital comme ligne de force explicative. En tout état de cause, cette crise se manifeste par des inégalités de toute nature toujours en hausse et un accaparement des richesses inédit. Mais actuellement, on peut aussi s’apercevoir que certains avatars de la folie capitaliste se révèlent bien fragiles. Par exemple, la guerre au Moyen Orient a récemment touché Dubaï, symbole excessif des 3 crises : politique pour la spéculation financière, écologique pour la destruction de la planète, et anthropologique pour la construction artificielle de nouveaux besoins, montrant ainsi que certains postes avancés du capital trahissent des faiblesses et que, n’en déplaise à certain·es, ce n’est pas encore « la fin de l’histoire ».

À l’heure actuelle, l’ONU dénombre 61 conflits dans le monde et parfois même plusieurs dans un même pays. Partout les populations sont les premières touchées. Au Liban, il faut compter plus d’un million de déplacé·es depuis le début de l’année. À Gaza, dont la couverture médiatique a dramatiquement régressé, la situation est dramatique et les perspectives de reconstruction lointaines. Le cessez-le-feu est fragile et régulièrement violé. Israël a arraisonné dans les eaux internationales la flottille solidaire que la FSU avait soutenue. « Les tentatives de livrer de l’aide humanitaire à Gaza ne constituent pas un crime » rappelle l’ONU.

Réactivant la doctrine Monroe, le fasciste Trump continue d’encercler et de menacer Cuba. Ce blocus a un prix humain. Malgré un système de santé performant, le taux de mortalité infantile a grimpé de 148 % entre 2018 et aujourd’hui.

Au Soudan, le conflit s’exerce sur plusieurs fronts, sur fond d’instabilité politique, de rivalités et de compétitions pour les ressources et les routes commerciales. Ce conflit provoque aujourd’hui une famine importante et 700 000 enfants sont aujourd’hui en danger de mort.

Partout les violences sur les femmes et les enfants sont en hausse. L’ONU les décrit comme armes de guerre. Le dernier rapport d’Amnesty international du 21 avril dernier qualifie l’année 2025 « d’année des prédateurs » où l’ordre international a été de nombreuses fois violé. L’affaiblissement des institutions multilatérales est renforcé par le silence et l’inaction de nombreux gouvernements, se faisant alors les complices de crimes graves ou de pratiques autoritaires. Concernant les déclarations de Trump et de ses alliés sur l’inutilité du droit international, le rapport précise que cette position ne repose pas sur le fait que le système ne fonctionne pas mais, je cite, « qu’il ne sert pas les intérêts de celles et ceux qui règnent sur la politique et l’économie et de leurs flagorneurs. Ces puissants aimeraient aujourd’hui nous faire croire que tout cela n’était qu’une chimère, une belle fiction désormais obsolète »Ce n’est pas un raccourci d’affirmer alors que le capital, pour se renouveler encore dans un environnement fini, doit accroitre son recours à la force et agir sur le recul des droits. Tout en rappelant l’urgence de sortir des énergies fossiles, l’actualité du blocage du détroit d’Ormuz révèle pour celles et ceux qui n’en avaient pas encore conscience le vrai visage des multinationales et leur soif de profits.

Le renouvellement des sources de profits se traduit aussi aujourd’hui par une envolée des dépenses militaires dans de nombreux pays. En Europe, le réarmement est en hausse de 45 % et les dépenses d’armement ont atteint le record de 2 500 milliards en 2025.

Ces dépenses grèveront d’autant les investissements nécessaires pour lutter contre la crise écologique dont le 24 avril a marqué le jour du dépassement. Dans ce contexte pessimiste, une soixantaine de pays se sont réunis le 29 avril en Colombie pour la première conférence internationale de sortie des énergies fossiles. La fin des subventions ou les taxations des profits des industriels ont été évoquées mais suffiront-elles à changer de modèle économique ?

Parmi les points d’appui du capital, les politiques d’extrême droite permettent de concentrer les opinions sur des expédients explicatifs fondés sur la haine de l’autre, la critique de la science, ou le rejet des élites. Si des mouvements de contestation surgissent, comme l’échec au referendum de Meloni sur la justice ou la défaite d’Orban en Hongrie (reconnaissons tout de même que le changement opéré n’est pas en rupture franche), l’extrême droite continue sa progression. Au Chili, le gouvernement de Kast, fils de membres du parti Nazi rappelons-le, réprime les mobilisations étudiantes dues aux suppressions de dépenses dans l’éducation notamment et suspend la régularisation de 182 000 migrant·es. Rappelons aussi que plusieurs entreprises françaises, Cap Gemini, Thales et Parrot ont alimenté de leur technologie la politique de Trump en équipant la police anti-migrant·es du dispositif ICE.

Pour finir avec le tour d’horizon international, après les bulles de l’informatique, de la téléphonie et d’internet, les dépenses prévues pour le développement de l’IAG qui joue aujourd’hui le rôle de nouvel outil du renouvellement du capital s’élèvent à 2 000 milliards pour 2026. S’il est difficile de commenter l’histoire au présent, nous pouvons pressentir que cela ne sera pas sans conséquence sur les travailleur·euses. Aux États-Unis, 30 % de la population est inquiète et pense que l’IAG pourrait remplacer leur travail.

Sans nier la complexité de la situation et des interactions mondiales, des réponses à donner à l’enjeu écologique et des voies de progrès pour l’humanité, nous pouvons isoler les intérêts du capital et des mécanismes liés à sa reproduction comme lignes de force de la période.

France

Cette crise du capital affecte les politiques des États et conditionne la hauteur et l’emploi des dépenses publiques. En France, la politique austéritaire est mise au service du soutien au capital, comme en ont témoigné les 211 milliards d’aides aux entreprises sans contrôle ni contrepartie, révélées par le rapport sénatorial de 2025. Les services publics sont les victimes immédiates des choix dictés par la situation géopolitique.

L’économie de guerre, sans être réellement en guerre, mobilise des crédits publics. Lecornu a annoncé des économies à hauteur de 6 milliards. Ces arbitrages se traduisent notamment dans l’éducation avec la suppression de 4 000 postes pour la rentrée 2026, à l’université où les subventions pour charge de service public ne cessent de décroitre et d’alimenter les déficits et dans le sport scolaire avec une baisse de la subvention de 8 %. L’actualisation de la loi de programmation militaire envisage un rehaussement de 36 milliards d’euros pour la défense. Par ailleurs, le gouvernement taille des outils institutionnels sur mesure pour imposer ces choix et contraindre leur contestation entre le projet de loi RIPOST et la proposition de projet de loi Yadan, qui a reculé mais qui reviendra en juin. Le gouvernement refuse par ailleurs toute mesure visant à faire participer les gagnants de la crise, les multinationales comme Total qui a engrangé au premier trimestre 51 % de profits en plus, à hauteur de 5,4 milliards de dollars.

Aux élections municipales, l’extrême droite gagne 36 villes supplémentaires. Plus de 60 communes sont maintenant administrées par un·e élu·e d’extrême droite et déjà les premières mesures prises sont très inquiétantes entre attaques directes sur les syndicats, l’histoire sociale ou la culture, et quasi partout les élu·es ont augmenté leur indemnité au plafond fixé par la loi.

Par ailleurs, il faut regarder attentivement le revirement du MEDEF vis-à-vis de l’extrême droite. Alors qu’en 2017 et 2022, le patronat avait formulé un appel explicite à voter contre le rassemblement national, arguant d’un programme irréaliste et d’un risque majeur pour l’économie, Patrick Martin, le patron des patrons, fait en avril dernier cette déclaration pour le moins explicite, je cite : « Les chefs d’entreprise ne se lèvent pas le matin en (se demandant) s’ils sont pour ou contre le RN, mais en s’interrogeant sur leurs carnets de commandes, l’état de leur trésorerie ou la concurrence internationale, et c’est au prisme de ces préoccupations qu’on s’interroge sur l’offre des formations politiques ». C’est donc main dans la main que l’affaire se jouera entre le patronat et la formation d’extrême droite.

Les milliardaires d’extrême droite constituent de véritables points d’appui comme Stérin, Bolloré et l’épisode des éditions Grasset ou plus récemment Saada pour le cinéma. Rappelons ici que le programme du Front populaire en 1936 revendiquait l’abrogation des lois restreignant la liberté d’opinion et l’adoption de mesures législatives empêchant la constitution de trusts de presse. Dans la même dynamique antisociale, Marine Le Pen réhabilite la notion « d’assistanat » dans ses prises de paroles. Comment ne pas y associer la sortie de Bruno Retailleau pour « mettre l’Espagne au ban des nations », en réaction aux mesures de régularisation des sans-papiers prises par Pedro Sanchez.

Dans ce contexte national outrancier, la Macronie continue d’avancer ses pions pour gommer l’histoire sociale. Le 1er mai a fait l’objet d’attaques sans précédent, inversant la nature des relations d’exploitation et accusant les syndicats de vouloir interdire aux gens de travailler. Attal et Lecornu en ont été les visages, brandissant la baguette de pain comme symbole de la liberté de travailler. Pour citer Paul Devin, « ces atteintes au 1er mai convergent pour que soit mise en doute l’affirmation internationale de la légitimité des luttes ». Dans ce moment d’euphorie gouvernementale contre les droits des travailleur·euses, Lecornu ne sentant plus le sol sous ses pieds, s’est même permis une déclaration invitant d’un côté les commerces à enfreindre la loi, et donnant d’un autre des consignes aux autorités préfectorales et à l’inspection du travail pour ne pas verbaliser. Membre d’un parti qui utilisait comme slogan « restaurer l’ordre et l’autorité », le premier ministre, garant de l’État de droit, a à la fois félicité les patrons qui ne respectent pas la loi et désavoué les agent·es des services publics qui l’appliquent.

L’élection présidentielle de 2027 est désormais en filigrane de toutes les apparitions et déclarations publiques. Notre syndicat, à l’instar de la situation de 1936, a un rôle majeur à jouer au sein du mouvement social pour contribuer à créer les conditions de l’unité syndicale et de l’émergence d’initiatives pour passer d’un rapport de force de résistance à un rapport de force de conquête.

SP/FP

Dans les services publics et la fonction publique, les conséquences de l’économie de guerre, notamment pour les agent·es, sont à l’opposé des bénéfices pour le capital. L’inflation appelle des mesures d’urgence. Le SNEP et la FSU l’ont rappelé par voie de communiqué. « Injection de points dans les grilles pour toutes les catégories, dégel du point d’indice et augmentation immédiate du montant de l’Indemnité de Sujétion Spéciale de Remplacement (ISSR) et des frais de déplacements. Les traitements indiciaires des agent·es ont perdu près d’un quart de leur valeur en euros constants en vingt-cinq ans ».

Les mesures du gouvernement sur les déplacements des agent·es et le télétravail permettent de résoudre des situations mais demeurent des expédients qui ne résolvent pas la cause du problème.

Conformément à nos mandats de congrès, la défense du statut reste une priorité, notamment dans le combat contre l’extrême droite, comme le rappelle Paul Devin dans une note de l’Institut de Recherche de février dernier. Ce cadre nous protège mais nous engage et nos rencontres avec la profession doivent le mettre en avant, l’expliquer et le mettre en pratique.

Comme pour le 1er mai, le gouvernement poursuit sa politique de réduction des droits, donc de réduction de la dépense publique, en s’attaquant cette fois aux temps partiels thérapeutiques, aux autorisations spéciales d’absence, aux droits familiaux, ce qui in fine constitue des attaques supplémentaires contre les droits des femmes.

Le 1er mai a également symbolisé l’entrée en vigueur du contrat collectif du volet prévoyance de la PSC. Rappelons que le SNEP et la FSU combattent la pénétration des intérêts marchands dans la gestion du bien commun que représente la santé, et continuent de revendiquer le 100 % sécu pour les soins prescrits. L’enquête santé de notre secteur retraité·es est à faire connaitre, car elle traduit concrètement les besoins en santé.

École

Pour continuer de décliner les conséquences à la fois de l’austérité et de l’économie de guerre pilotées par la fuite en avant du capital et du contrôle de l’opinion, le sort réservé à l’École est éclairant tout autant que préoccupant.

Depuis quelques mois, et encore davantage depuis la sortie de la note de la Depp du 7 avril dernier prédisant une chute de 1,7 million d’élèves à horizon 2035, le ministre de l’éducation Édouard Geffray ne cesse de brandir l’alibi de la démographie pour justifier la réduction, une nouvelle fois, de la voilure dans l’éducation. Alors que cette baisse constitue un levier d’amélioration des conditions d’exercice, d’apprentissage et de réduction des inégalités, la doxa libérale en fait un argument supplémentaire de réduction des moyens pour l’école. Il faudrait aujourd’hui 14 719 emplois pour retrouver le taux d’encadrement de 2011 dans le second degré public.

La dégradation de l’école publique va encore une fois servir le privé. Dans l’édition réactualisée de leur essai « à l’école du capitalisme » Nico Hirtt et Cécile Gorré montrent que le secteur privé d’éducation affiche un important taux de croissance annuelle de 5,8 % et que ce marché pourrait représenter un volume de 8 000 milliards d’euros en 2030. D’ores et déjà des bascules très fortes vers le privé sont à l’œuvre.

Aussi E. Geffray aura rédigé une circulaire de rentrée qui, comme l’a titré le café péda, prend des accents de lettre de sortie. Jamais vraiment installé dans son fauteuil de ministre, il a su poursuivre la politique de ses prédécesseurs et notamment de J-M. Blanquer, dont il a largement contribué à mettre en place les réformes.  « L’exigence » dont il nourrit ses lignes ne permettra pas de qualifier son bilan. On ne peut pas être contre l’exigence scolaire, mais à condition d’y consacrer les moyens nécessaires, ce qu’il n’aura pas fait. Alors que la France figure en dernière position des effectifs par classe en Europe, la bonne idée est de mettre sur pied un concours général des collèges, qui en plus de tourner le dos aux besoins de l’école et de favoriser quelques un·es, fait appel à des savoirs et des compétences non enseignés au collège, comme le codage informatique. Une aberration éducative qui alimentera les inégalités et l’échec scolaire.

L’exigence est aussi présente dans les déclarations d’évaluation des copies de Brevet ou de Bac. Comment ne pas penser que si les élèves ne peuvent réussir ces examens nationaux alors il faudra bien les orienter avant vers le marché du travail ? Dans ce cadre, il faudra accélérer sur les compétences comportementales pour pouvoir adapter ces jeunes jugé·es « non éducables » à un marché en constante évolution. Et donc plus besoin d’abonder les budgets des universités puisque le robinet des élèves et des étudiant·es aura été coupé bien en amont. J’ai repris là de manière peut être caricaturale la trajectoire que prend l’école aujourd’hui, à rebours de la massification initiée à partir des années 50. Mais massification scolaire n’est pas démocratisation sans volonté politique et moyens pour y parvenir. La démassification de l’université rejoint la dédisciplinarisation constatée en EPS. Pour s’adapter à des jobs, à un marché qui demande une main d’œuvre malléable, non conceptrice, alors rien ne sert de transmettre des savoirs et des connaissances, ni de délivrer des qualifications.

La situation des étudiant·es non lauréat·es ayant passé le concours en L3 doit aujourd’hui être considérée comme une des priorités. Sans collectif budgétaire, ce seront des milliers d’étudiant·es qui se retrouveront soit sans possibilité de poursuite d’étude, soit dans l’obligation, pour celles et ceux qui le pourront, parfois au prix de travailler pendant leurs études, de se tourner vers les formations privées. L’effacement des qualifications au profit des compétences d’employabilité permet de rompre avec les grilles salariales et de réduire les droits des travailleur·euses. Le combat que nous mènerons pour les non-lauréat·es s’inscrit aussi dans cette ligne.

Dans le même temps, le bien nommé programme « Bienvenue en France » pour l’accueil des étudiant·es hors union européenne voit les droits d’inscription multipliés par 16, nous éloignant de la tradition humaniste et d’accueil de la France. Là aussi, nous pouvons redouter que ce ne soit un marchepied pour des politiques d’extrême droite.

La réduction des inégalités et la construction d’une école émancipatrice ne font pas partie du logiciel ministériel, on l’aura bien compris. Les élèves de lycée professionnel en font particulièrement les frais, jusqu’à en mourir pendant les périodes de formation en milieu professionnel. Le gouvernement a cédé à toutes les exigences du patronat en multipliant les dérogations et les assouplissements législatifs liés à l’accueil de mineur·es en stage, en affaiblissant les exigences de sécurité et jusqu’à suspendre la visite des inspecteur·rices du travail. Pour citer Elsa Faucillon, députée des Hauts de Seine et porteuse d’une proposition de loi visant à protéger les jeunes en apprentissage : « Au XIXe siècle, c’est l’école qui a sorti les enfants des usines. Aujourd’hui, on a l’impression que c’est elle qui fournit les gamins aux entreprises ».

Dans le même domaine, l’échec unanimement constaté du parcours Y mis en place l’année dernière pour orienter précocement les élèves de Terminale bac pro, reviendra l’année prochaine sous une forme si édulcorée (2 semaines possiblement disjointes à réaliser avant mars) qu’on ne peut plus en comprendre l’effet éducatif mais davantage continuer d’instiller dans les têtes qu’il faut s’orienter tôt, très tôt, et bien sûr vers le marché du travail.

EPS/Sport

L’EPS et le sport portent aussi les traces des décisions et des orientations politiques prises en amont. L’orientation donnée à l’EPS est préoccupante par la place réservée à la santé individuelle et physiologique associée à des contenus adaptés, donc un tri sanitaire qui dans l’état actuel des inégalités est aussi social, de genre et territorial. Les tests de condition physique occupent désormais une place particulière dans les discours de l’institution que ce soit dans la reconduction du dispositif des 2h de sport au collège, dans les conclusions de la convention citoyenne sur les temps de l’enfant, dans la mise en place de sections sportives orientées sur la santé. On retrouverait presque un parfum d’Instructions officielles de 1945 où les élèves classé·es dans les groupes « à ménager » ou « dispensés » bénéficiaient d’une EP adaptée, quand ceux des groupes « moyens » et « normaux » pouvaient participer aux activités sportives.

Les GT auxquels nous avons participé concernant la relance du dispositif des 2h de sport ont parfois fait entendre des expressions justifiant les tests pour orienter les élèves à besoin vers les 2h ou vers l’AS.

Le bilan des 2h de sport est qualifié par l’IG de décevant. Mais pour autant, l’exercice politique et rhétorique en arrive à la conclusion qu’il faut poursuivre le dispositif. Parmi les éléments de bilan, très partiels et incomplets, nous avons appris que beaucoup d’élèves inscrit·es dans le dispositif l’avaient abandonné dès les premières vacances d’automne. Nous avons questionné l’identité de ces élèves ayant fait forfait : étaient-ce des « à besoins » ou « des sportif·ves » ? Aucune réponse. Nous aurons peut-être là un levier à creuser pour enterrer ce dispositif inopérant, inadapté et concurrentiel à l’EPS.

L’ensemble de ces mesures sont rassemblées dans la stratégie nationale sport santé, publiée à la rentrée 2025, voir le dernier bulletin national.

Nous rencontrerons E. Geffray pour la seconde fois cette année, le 4 juin prochain, et nous lui rappellerons aussi que les 4 000 suppressions de postes, en plus de supprimer des animateur·rices d’AS et de continuer d’aggraver les inégalités en chargeant toujours plus les classes, mettront encore davantage en tension l’enseignement de la natation en condamnant des dispositifs de soutien et en empêchant de réduire les effectifs par l’apport d’un·e enseignant·e supplémentaire. La natation ou le eSport ? Nous lui poserons la question.

L’extrême droite commence aussi à pointer son nez au travers des manifestations du sport scolaire. Des élu·es viennent y remettre des récompenses et serrer des mains. Nous avons affirmé immédiatement par voie de communiqué que les valeurs de l’extrême droite étaient incompatibles avec les valeurs du sport scolaire. Le SNEP-FSU publiera à la rentrée 2026 un argumentaire spécifique pour combattre les idées et pratiques de l’extrême droite dans notre champ, à l’instar des initiatives déjà en cours entre la CGT et la FSU sur les services publics et l’école.

Les résultats de l’observatoire de l’EPS, dont la première diffusion de l’enquête s’est close fin janvier, sont publiés dans le magazine de ce mois-ci. Si l’option culturaliste en ressort confortée, les conditions matérielles d’exercices sont mises en avant et les chiffres concernant d’éventuelles démissions sont particulièrement préoccupants.

Côté sport, nous aurons une vigilance particulière ce dimanche où se déroulera la première édition des Enhanced games à Las Vegas, jeux sportifs avec dopage autorisé. Un Français y participera. Outre l’éthique sportive mise à mal, nous aurons à suivre d’éventuelles conséquences liées à des phénomènes d’imitation. Certain·es médecins et scientifiques alertent déjà sur les répercussions sur la santé de ces athlètes. En attendant, sur le site dédié à l’évènement, on peut acheter des flacons de testostérone ou une cure de peptides pour 300 dollars par mois. L’agence mondiale antidopage a réagi par la voix d’Olivier Rabin, en dénonçant, je cite, une « marchandisation des individus (…) utilisée pour un spectacle ».

Action

Dans ce contexte, le monde libéral emploie à l’envi le mot de « résilience ». Je reprends Romaric Godin que j’ai cité tout à l’heure car il nous met en garde contre cette résilience, autrement dit une adaptation à la situation, une tentative de s’y conformer pour s’en sortir et nous propose plutôt d’agir pour changer et transformer le monde.

Le 31 mars dernier, la journée de grève et de manifestations pour dénoncer et refuser les suppressions d’emplois de la rentrée 2026 et leurs conséquences et pour exiger un budget 2027 avec des mesures de création d’emploi et de revalorisation salariale sans contreparties a mobilisé 25 % des enseignant·es du second degré. Les heures d’information syndicale, le débat avec les collègues, doivent se poursuivre jusqu’aux CA de fin d’année pour exiger des moyens pour l’école et l’EPS.

Les salaires, l’université, les conditions d’enseignement de l’EPS sont autant de raisons de se mobiliser.

L’intersyndicale à 8 met en perspective une date de mobilisation sur les salaires dans la fonction publique le 23 juin, date de la journée internationale des services publics. Nous avons à en discuter dans les groupes ce matin.

Par ailleurs, l’année qui s’annonce devant nous, avec comme borne importante l’élection présidentielle, sera jalonnée des élections professionnelles, des EPSiliades et donc de nombreux temps de rencontre avec nos collègues. Dans le contexte de résignation organisée par le capital et ses outils de management, nous avons la responsabilité de montrer un cap politique qui s’ancre au plus près des préoccupations des collègues et de travailler à l’unité le plus possible. L’année à venir sera décisive sur plusieurs points : la paix, les libertés, le danger d’une bascule vers l’extrême droite, la fonction de l’école, le projet destructeur du capitalisme (climat, rapports humains, fabrication artificielle des besoins). Au regard de notre spécificité nous avons sûrement à nous atteler à politiser, voire repolitiser la question éducative avec nos collègues, mais aussi politiser ou repolitiser nos collègues depuis la question éducative. L’état des contenus, des injonctions, de la situation des agent·es, des compétences psychosociales ou comportementales en lieu et place d’une EPS culturelle comme boite à outils pour comprendre le monde et agir dessus, autant de sujets à travailler dans tous les débats pour faire de notre profession une force transformatrice. Les élections professionnelles seront aussi notamment un moyen de remettre la question collective au premier plan.

Dans la FSU, le SNEP prend une part active aux travaux engagés dans le cadre de la maison commune. L’intersyndicale Femme qui réunit la CGT, la FSU et Solidaires va fêter ses 30 ans. L’activité commune se poursuit pour organiser des cadres de travail réguliers, développer des formations communes et élaborer un guide en commun sur les violences sexistes et sexuelles. Suite aux stages sur le thème de la lutte contre l’extrême droite avec la CGT et qui sont amenés à se poursuivre, une publication est en voie de finalisation. La FSU participera aussi dans ce cadre commun à l’observatoire sur les pratiques de l’extrême droite dans les villes où les mairies ont basculé. Côté SNEP, nous réfléchissons à une déclinaison sur notre champ pour partager les informations et créer les conditions collectives d’une résistance organisée.

La journée internationale de lutte contre les LGBTQIA+ phobies a eu lieu le 17 mai dernier et rappelle les conquêtes sociales encore à remporter.

Notre projet, nos valeurs, nos mandats doivent être portés avec force et détermination pour créer les conditions d’une véritable alternative.

À partir de ces quelques éléments d’analyse, nous vous proposons de rejoindre les 3 groupes pour poursuivre le débat.

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