Par Andjelko Svrdlin
Le SNEP-FSU a décidé de construire un outil d’observation « souterraine » de notre métier. Nous l’avons nommé « Observatoire de l’EPS ». La première édition a été lancée en novembre dernier et a permis de recueillir quelque 1 250 réponses. Ce que nous retenons derrière ce chiffre relève de deux idées. La première repose sur un échantillon permettant de donner un poids « statistique » aux tendances qui se dégagent. La deuxième, que nous avions anticipée, relève de la longueur des réponses. Il s’agit d’un risque assumé, avec la volonté de populariser l’outil de façon qu’un grand nombre de collègues y participent à l’avenir. L’idée sur laquelle il nous faut nous convaincre collectivement est l’intérêt des données recueillies qui donneront une assise nouvelle aux analyses et perspectives professionnelles que le SNEP-FSU aura à dégager. Nous reprochons suffisamment à notre institution de manquer d’évaluations sérieuses et de bilans partagés avec la profession avant d’engager des réformes, qu’elles soient structurelles ou programmatiques. Une nouvelle fois, le syndicat s’occupe, à son niveau, de ce que l’institution démocratique devrait prendre en charge.
École, EPS
Les questions posées au sujet de la fonction de l’École et de l’EPS en son sein ne peuvent ignorer la dimension relative au service public. La raison historique d’existence du service public d’éducation se heurte à deux visions de celui-ci. L’une, néolibérale, conteste la capacité de tous les jeunes d’accéder à tous les savoirs. C’est celle qui promeut une école à deux vitesses et dont le pouvoir actuel est l’incarnation littérale.
La deuxième, celle que défend le SNEP-FSU, est celle d’une École organisée pour l’émancipation de tous et toutes. Cette école, dans les revendications du SNEP-FSU, doit reposer sur l’accès à la culture, l’accès aux savoirs. C’est pourquoi nous avons voulu confronter cette revendication historique à l’avis de notre profession. Ainsi, 75 % des réponses affirment que le rôle principal de l’École est de transmettre la culture. L’EPS ne peut ignorer cette dimension lorsqu’il est question des contenus à enseigner.
Mais, le grand enseignement réside, peut-être, dans le très grand équilibre entre les priorités données à la fonction de l’EPS. Le plaisir, la santé, la citoyenneté, la place des APSA se retrouvent à un niveau très égal dans les réponses. Penser et conduire un enseignement structuré autour des apprentissages techniques dans une APSA doit se faire en pensant des formes de travail qui susciteront du plaisir de faire auprès des élèves. Le sens donné aux attitudes sociales doit faire partie des apprentissages et la santé améliorée est un des aspects à suivre à long terme.
Exercice du métier
Les réponses des collègues indiquent que les éléments que nous pouvons qualifier de matériels, concrets, du métier, sont ceux qui pèsent le plus lorsqu’ils deviennent le facteur de difficulté, voire d’empêchement d’enseignement. Ainsi, l’inclusion, les effectifs des classes, les équipements sportifs, sont deux des trois paramètres les plus cités pour améliorer le quotidien du métier. Si le SNEP-FSU porte la baisse des effectifs et le développement des équipements (avec des ouvrages de haute qualité, reconnus par les collectivités et par le ministère de l’éducation), depuis très longtemps, il ne demeure pas moins que les données ici viennent interpeler le syndicat sur ses priorités.
L’augmentation des horaires d’enseignement de l’EPS est la deuxième priorité citée. Cela entérine la revendication des « 4 h d’EPS » que porte le SNEP-FSU depuis son congrès de Porticcio (2021). La profession a bien saisi que les « 4 h » portent en elles l’ensemble des questions du métier. Là encore, il nous faut reposer la question de la relance de la campagne des « 4 h d’EPS » de manière plus explicite, notamment dans l’approche des échéances politiques majeures telles que les élections législatives et présidentielles.
Pour finir avec le « métier empêché », nous ne pouvons pas ignorer la perception très négative chez nos collègues de la façon dont les hiérarchies institutionnelles déprécient l’EPS. Il faut croire que le matraquage ministériel, autour d’une vision très étriquée des fondamentaux scolaires, a gagné un grand nombre de chef·fes d’établissement, des inspecteur·rices etc. Le SNEP-FSU et notre profession devraient pouvoir travailler, dans la durée, avec ces corps professionnels et leurs organisations syndicales, en plus de l’opinion publique, de manière à poser de nouvelles bases concernant les fondamentaux à l’école dont l’EPS fait partie.
Dans tous les cas, ce nouvel outil que le SNEP-FSU met à disposition de la profession pour suivre, avec une certaine profondeur, les questions du métier sur le long terme, nous permettra de considérer les données recueillies avec davantage de précision pour renforcer nos revendications.





