EPS en danger : Reprenons la main sur nos programmes !

Nous vivons un moment historique pour notre discipline. L’Inspection générale EPS et le Conseil Supérieur des Programmes s’attellent à l’écriture d’un programme EPS pour les cycles 2, 3, 4. Ils joueront un rôle déterminant dans le virage que l’EPS peut ou ne peut pas prendre les savoirs à étudier dans tous les élèves.

 Serons-nous capables de ne pas laisser l’EPS se diluer et devenir une simple discipline contributive au service de grandes finalités, dont la santé, sans réelles exigences d’apprentissage d’objets culturels dans les APSA ?

Un glissement vers une EPS méthodologique et sociale.

De nombreux acteurs du monde de l’eps partage notre constat d’un glissement de notre discipline vers une EPS centrée sur les questions méthodologique et sociale et d’un affaiblissement des transformations motrices des élèves. D’ailleurs les concours ont opéré un changement pour remettre les acquisitions culturelles des élèves au cœur des écrits.

Ce glissement conduit à réduire les apprentissages de savoirs exigeants dans les APSA et à promouvoir une vision utilitariste et contributive de l’EPS, déconnectée de la culture des APSA.

Les textes officiels proposés se caractérisent par une absence de cadrage des apprentissages visés dans les APSA. La disparition des épreuves d’EPS du DNB a sans aucun doute accentué ce mouvement (vacuité des programmes en termes de savoirs sportifs et artistiques et disparition d’une épreuve d’EPS au DNB).

L’absence de cadrage des attendus précis dans les APSA.

L’absence de cadrage des attendus précis dans les APSA, que ce soit au niveau des examens, par exemple du bac, ou des programmes, conduit à accentuer les inégalités entre les établissements. Nous assistons à un émiettement de notre discipline qui accélère un nivellement par le bas des exigences attendues pour les élèves. Nous allons peu à peu vers la fin d’une culture commune, d’un liant commun à un moment où notre société et sa jeunesse ont sans doute plus que jamais besoin d’expérience et de culture commune.

Les 3 priorités à modifier dans le texte actuel

4 h d’EPS pour toutes et tous.

Avant d’entrer dans le vif du sujet de l’écriture des programmes, il serait bon de rappeler notre mandat des 4 h d’EPS au collège. L’EPS dispose officiellement de 468 h d’enseignement, mais elle en aurait besoin de 576 h.

  1. Les savoirs étudiés en EPS sont les APSA.

Le SNEP-FSU trouve que cette organisation par champs affaiblit aujourd’hui la lisibilité et l’exigence que notre discipline peut porter au sein de l’école. Nous constatons que l’institution refuse de sortir de cette logique. Le SNEP-FSU met à l’étude un compromis qui puisse permettre de proposer un programme plus clair dans les attendus culturels en EPS et qui permette d’être un réel point d’appui professionnel.

Il propose de déterminer des attendus par groupes d’APSA, culturellement proches, au sein du programme qui puissent structurer, comme le demande l’institution, les objectifs d’apprentissage sur plusieurs étapes. 

Les savoirs principaux de l’EPS sont les techniques propres au but et aux significations culturelles et sociales de chaque APSA, son cadre réglementaire ou symbolique, ses codes culturels ou sociaux. Pour aller plus loin, lire le préambule des programmes alternatifs du SNEP-FSU, adopté au congrès de Porticcio, et les fiches par APSA, qui présentent ces savoirs de manière organisée. Penser à apporter les programmes alternatifs du SNEP et à les remettre aux IA-IPR !

La façon de penser et d’organiser l’EPS autour des cinq champs disciplinaires joue la fonction et le rôle à la fois de matrice disciplinaire et de programmation à partir d’une classification. Ces 5 champs reprennent en creux une inspiration des domaines d’action qui propose un niveau de généralité de structuration des savoirs de l’EPS, censé définir ce que pourrait être un·e élève physiquement éduqué·e à la fin du collège.  La programmation et l’étude d’une activité ne se font plus en fonction de son intérêt pour le développement moteur ou de sa pertinence culturelle, mais selon des mobiles d’action supposés en référence aux champs.

2. Programmation/classification : les nouveaux programmes doivent avoir des éléments de cadrage dans le temps d’étude pour éviter « l’EPS zapping ».

Organisation de l’enseignement de l’EPS :

L’attention doit être portée sur des apprentissages réels, stabilisés, avec des cycles conséquents dans un certain nombre d’APSA et l’ouverture culturelle. Sur la scolarité au collège, nous soutenons ainsi la mise en œuvre suivante :

  • Un approfondissement d’un minimum de 80 h dans une APSA pour chaque élève ;
  • Un volume de 40 h minimum de pratique par APSA pour des apprentissages stabilisés ;
  • Un volume de 20 h pour des séquences de découverte (fin d’année scolaire, sorties…).

Les 8 groupes (voir préambule programmes) devront faire l’objet d’un enseignement pour des apprentissages stabilisés ou approfondis. Le SNEP-FSU s’oppose à la classification par champs d’apprentissage, car ils se substituent aux APSA en recherchant uniquement à faire vivre de grandes catégories d’expériences et d’émotions déconnectées des apprentissages culturels. Il met en garde contre les velléités d’une EPS « soclée », c’est-à-dire contributive au socle commun en valorisant les compétences méthodologiques et sociales. Les APSA deviennent des supports, des prétextes à l’EPS pour faire vivre une diversité d’expériences

Pour le SNEP-FSU, les pratiques sportives et artistiques sont les principales références de la discipline tout au long de la scolarité. En rupture avec la classification par champs d’apprentissage et par compétences, le SNEP-FSU propose, à défaut de remplacer la classification officielle actuelle, par les regroupements d’APSA culturellement proches des groupes fondés sur l’expérience professionnelle, permettant de circonscrire les pratiques retenues pour l’école. On retrouve les arts corporels, l’athlétisme, la natation, les sports collectifs et les jeux collectifs traditionnels ou régionaux, les sports acrobatiques (gym, acro, plongeon…), l’APPN et dérivés en milieux urbains, les sports de combat de préhension, de percussion et mixtes, les sports de raquette, les danses collectives de tradition populaire. La préparation physique générale et la préparation physique et mentale pourront être intégrées dans l’enseignement d’une APSA.

Il serait intéressant également d’encourager les équipes d’établissement à organiser un événement par an sous forme de rencontre ou de spectacle, de sortie ou de stage (APPN, rencontre d’artistes, tournoi interclasses…)

3. Certification : 3 épreuves APSA pour le DNB.

À la fin de la scolarité au collège, chaque élève doit être confronté·e à des épreuves d’EPS évaluées en CCF qui seront prises en compte pour le diplôme du DNB. 3 APSA qui auront été étudiées sur une durée de 40 h minimum seront évaluées avec des référentiels nationaux (approfondissement ou stabilisation). Le SNEP-FSU a fait des propositions de fiches d’évaluation dans un certain nombre d’APSA (cf. épreuve DNB dans la partie « certifications »).

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