Nous ouvrons ce CSA dans une période où les repères démocratiques vacillent, où les services publics sont fragilisés, où la jeunesse devient trop souvent une variable d’ajustement budgétaire plutôt qu’une priorité politique. Lorsqu’une société doute de sa jeunesse, elle doute en réalité de son avenir. Comme le rappelait Hannah Arendt : « L’éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité ». Cette responsabilité nous oblige, aujourd’hui plus que jamais. Elle nous oblige parce que les inégalités territoriales se creusent, parce que les moyens du service public s’érodent, parce que les valeurs d’émancipation, d’inclusion et d’universalité qui fondent nos missions sont désormais contestées, parfois frontalement. Et comment ne pas entendre l’avertissement d’Albert Camus : « Un homme, ça s’empêche. » S’empêcher de renoncer. S’empêcher de banaliser l’inacceptable. S’empêcher de considérer que la dégradation progressive des politiques publiques serait une fatalité. C’est avec cette exigence politique que nous prenons la parole aujourd’hui.
D’abord parce qu’il s’agit du premier CSA ministériel Jeunesse et Sports depuis les élections municipales. Dans plusieurs territoires, la jeunesse, le tissu associatif et les politiques sportives devront désormais composer avec des orientations idéologiques dont nous savons qu’elles peuvent fragiliser les principes d’égalité, d’émancipation et d’universalité qui fondent notre action publique. Nous ne pouvons rester silencieux·ses face à ces évolutions. Notre responsabilité collective est de garantir à la jeunesse un monde commun, ouvert, pluraliste, protecteur.
Nous siégeons également alors qu’une grève se tient ce jour même, dans l’Éducation nationale, pour dénoncer le manque criant de moyens. Les revendications portées par nos collègues font écho à celles que nous formulons pour le périmètre Jeunesse et Sports, au regard de l’insuffisance des effectifs, la surcharge des services et la tension permanente qui dégradent les conditions de travail et empêchent un exercice serein et ambitieux des missions. La loi de finances initiale 2026 promet de sévères tensions dans nos secteurs, déjà exsangues. L’enquête nationale en 2025 sur la santé financière des associations alertait déjà sur le caractère non pas alarmant, mais urgent, de la situation de nombre d’entre elles.
Nous siégeons aussi, pour les élus du SNEP-FSU, après une semaine de congrès. Une semaine vivifiante, enthousiasmante malgré le contexte, mais rigoureuse et engagée. Et nous sommes déterminé·es à porter nos mandats confirmés ou renouvelés dans toutes les instances. Ce congrès s’est achevé par un appel pour notre jeunesse, que nous souhaitons partager avec toutes les forces qui partagent nos constats, ambitions et propositions.
Pour les points à l’ordre du jour :
La formation professionnelle statutaire demeure centrale et nous nous devons de rappeler quelques évidences.
L’année de stage devrait être une année pleinement consacrée à la formation et à l’appropriation de la culture Jeunesse et Sports, à la reconnaissance des spécificités de nos métiers, à la construction d’une identité professionnelle solide. Or, trop souvent, elle est entravée par les nécessités de service dans des structures en tension, faute d’effectifs suffisants. Les stagiaires deviennent des variables d’ajustement. Ce n’est pas acceptable.
De même, les contenus de formation ne doivent en aucun cas encourager le dévoiement des missions statutaires, en les orientant vers le contrôle et les enquêtes administratives. Former, ce n’est pas contourner le statut ; c’est en garantir le sens et la portée.
Nous dénonçons également les iniquités territoriales persistantes dans la prise en charge des frais de formation, ainsi que le refus de certaines écoles académiques de la formation continue (EAFC) de financer des formations pourtant nécessaires. L’égalité d’accès à la formation est un principe fondamental du service public, il ne peut dépendre du territoire d’affectation.
Nous souhaitons aussi alerter sur les conditions d’accueil des organisations syndicales lors du séminaire d’accueil de Poitiers, qui ne sont pas satisfaisantes. Le dialogue social ne peut être réduit à une formalité ; il suppose des conditions matérielles et symboliques respectueuses.
Un autre point à l’ordre du jour est le plan handicap et insertion professionnelle.
Vingt ans après la grande loi fondatrice en matière de handicap, peut-on réellement se satisfaire des avancées ? Le ministère met en avant son engagement à l’occasion des Jeux paralympiques, de la Semaine de l’olympisme et du paralympisme (qui a lieu en ce moment), des subventions en faveur des clubs inclusifs et du soutien aux athlètes paralympiques. Nous ne contestons pas ces initiatives. Mais les moyens engagés restent largement insuffisants au regard des enjeux. Comment ne pas souligner que les sportif·ves en situation de handicap mental ne sont toujours pas réintégré·es dans certaines compétitions internationales, alors même que la France est une nation de premier plan en paraski alpin adapté, et que se profilent les Alpes 2030 ? Comment ne pas rappeler que nos collègues, dans les fédérations et les établissements, œuvrent chaque jour pour rendre accessibles les formations aux métiers du sport aux personnes en situation de handicap, afin qu’elles ne soient pas cantonnées à un simple statut de pratiquant·es ?
Et dans le même temps, comment expliquer que nos propres agent·es en situation de handicap voient leurs besoins si peu pris en compte ? Une collègue en situation de handicap moteur intégrée dans un service sans qu’aucune sensibilisation de l’équipe ne soit organisée, au point de se retrouver isolée au quotidien. Un collègue contractuel bénéficiaire d’une RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) à qui nul ne sait expliquer les modalités de titularisation au titre de l’obligation d’emploi. Un agent en longue maladie souhaitant reprendre son poste sans qu’un véritable aménagement des missions ne soit envisagé. Une formatrice souffrant d’une double hernie discale qui ne peut obtenir rapidement un aménagement ergonomique de son poste. Ces situations sont réelles. Elles ne relèvent ni de l’anecdote ni de l’exception. Comme l’écrivait Albert Camus, « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Ne parlons pas d’inclusion si nous ne sommes pas capables de la mettre en œuvre pour nos propres personnels. L’inclusion ne se décrète pas : elle s’accompagne, dans toutes ses dimensions : humaines, organisationnelles, matérielles et financières. Nous attendons donc autre chose que des déclarations d’intention : nous demandons des mesures concrètes, évaluables, opposables.
Un point sera fait, au cours de cette instance, sur l’état d’avancement des actions inscrites sur le plan national pour l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Comme vous l’ont déjà dit nos collègues de l’Education Nationale, il est temps de passer à la vitesse supérieure. L’égalité professionnelle, tout comme la santé des femmes au travail, doivent être au cœur des priorités. Or, les avancées nécessaires se heurtent encore aux contraintes budgétaires. C’est inacceptable. Ce n’est pas à l’ordre du jour mais, à l’instar de nos collègues lors du Conseil Supérieur de l’Education (CSE), nous souhaitons également alerter sur les enjeux d’orientation et de formation. Nous demandons notamment :
- une révision de la composition du Conseil national de l’orientation et de la formation professionnelles pour le développement des compétences (CNEFOP), afin d’y siéger. Il est indispensable que les organisations représentatives des champs Jeunesse et Sports et de l’Education Nationale, notamment la FSU (première organisation syndicale dans l’éducation et la formation, représentant des dizaines de milliers de personnels qui conçoivent et mettent en œuvre ces politiques au quotidien), puissent participer aux instances où se décident les orientations structurantes en matière de formation professionnelle.
- la présentation d’un bilan précis du fonctionnement des commissions professionnelles consultatives (CPC), réformées par la loi de 2018 : composition, modalités de désignation, production normative, évaluation des certifications. La transparence est une condition du dialogue social.
Et pour conclure, nous voulons redire que notre engagement s’inscrit dans une vision exigeante de Jeunesse et Sports comme levier d’émancipation. Cela suppose des politiques publiques ambitieuses, des moyens à la hauteur, des personnels formé·es, reconnu·es, respecté·es. Nous continuerons à porter ces exigences avec détermination.





