Une « rentrée normale » pour le ministère, pas pour la profession

Le gouvernement annonce une rentrée qui ne se passe « pas si mal », avec « un enseignant devant chaque classe ». Cette stratégie relève-t-elle de la communication ou d’une vision de l’École Publique pour laquelle il n’y a pas besoin d’exigences, notamment quant à la formation et l’affectation des personnels ? Depuis sa création, l’École est sujette à débats pour définir sa fonction : lieu d’émancipation et d’élévation des savoirs et compétences pour tous et toutes OU lieu de reproduction des inégalités pour continuer d’entretenir un rapport de domination sociale ? A la lumière des différentes réformes de JM Blanquer qui ont accentué les inégalités scolaires, culturelles et sociales, nous voyons que les dégradations de l’École publique passent un cap à la rentrée 2022. A qui profite le crime ?

Au moins 1 494 heures non assurées en EPS : c’est ça le « plus de sport à l’école » ?

Le SNEP-FSU a répertorié 1 494 heures non assurées à la rentrée en compilant les réponses de 1 200 établissements. Il y a en France 7 712 établissements. Si la proportion est la même sur l’ensemble du territoire, cela représenterait plus de 9 600 heures, soit l’équivalent de 123 collèges moyens sans EPS1!

Depuis 2019, nous faisons ce constat d’élèves sans EPS dès la rentrée. Nous alertons le ministère sur le besoin de recruter davantage, notamment pour faire face aux départs en retraite. Si la profession a réussi à contraindre le ministère à l’augmentation des postes l’an passé (+30), cela reste insuffisant. Pourtant, plus de 5 000 candidat·es passaient le CAPEPS en 2022 et il était largement possible de recruter davantage. Le ministère organise la pénurie d’enseignant·es d’EPS et donc d’heures non assurées. Le bilan Macron/Blanquer pour l’EPS, c’est 26 000 élèves de plus dans le 2nd degré et près de 1 000 postes supprimés2!

De plus, de nombreux TZR sont affectés en poste et la continuité du service public sur l’année est loin d’être assurée.

Des effectifs pléthoriques !

La France occupe la dernière place des pays de l’UE pour le nombre moyen d’élèves par classe en collège (avec 4 élèves de plus !). Le ministère a tout fait pour entasser les élèves dans les classes, pour en diminuer le nombre et économiser des moyens. Même avec cela, des horaires ne sont pas couverts !

Affaiblir le statut de fonctionnaire, la formation initiale… pour couvrir les besoins !

Le ministère a organisé l’affaiblissement du statut en augmentant le recours à la contractualisation et le temps de service des enseignant·es. L’imposition de 2 HSA a permis de supprimer de nombreux postes. De plus, pour couvrir le manque d’enseignant·es, il a mis en place :

– les Etudiant·es Contractuel·les Alternant·es : étudiant·es de M2, employé·es sous statut de contractuel, avant leur concours, en pleine responsabilité de classe avec 1/3 de service.

– l’année de stage à plein temps pour la majorité des stagiaires.

Le ministère a estimé l’an passé que cela permettrait de couvrir l’équivalent de plus de 2 000 postes, toutes disciplines confondues.

Imaginez la rentrée sans ces dégradations massives ! Celles-ci n’avaient qu’un but : masquer le manque de recrutement. Mais elles vont aggraver la situation en mettant « sous pression », non seulement les collègues dès l’entrée dans le métier et durant la carrière (HSA, effectifs…) mais également des étudiant·es à qui l’on demande d’assurer leur formation, de préparer leur concours et d’exercer en pleine responsabilité dans leur établissement.

Les écoles privées « hors contrat » se portent bien : l’ouverture du marché scolaire se poursuit.

Selon le mouvement « Créer son École », les écoles privées hors-contrats3 continuent leur progression avec « 172 ouvertures de niveaux dans 97 groupes scolaires nouveaux. 1 071 établissements hors contrat relèvent du 1er degré et 730 du 2nd degré ». Le projet néolibéral pour l’ouverture du marché scolaire avance et se nourrit de l’affaiblissement du service public. Cela peut expliquer, qu’au niveau gouvernemental, cette rentrée soit normale. En effet, celle-ci ne suit-elle pas les objectifs libéraux et les plans des cabinets de conseils : affaiblir le service public pour mieux ouvrir le marché ?

Reprendre la main sur l’École et notre métier !

Il ne faut pas laisser l’avenir de l’École entre les mains de libéraux qui la désorganisent et l’affaiblissent. Il est donc nécessaire de créer des rapports de force pour que les personnels reprennent en main l’école et leurs métiers (contenus, organisation, formation…).

Nous appelons chaque collègue à rejoindre le SNEP-FSU et se mobiliser massivement par la grève le 29 janvier. Mais aussi à faire savoir ce qui se passe dans chaque établissement pour informer les parents et les élu·es. C’est l’avenir de l’École Publique qui se joue.

  1. 6 classes par niveaux, avec 150 élèves par collège avec des classes à 25. L’équivalent de 18 450 élèves privés d’EPS (150 x 123).
  2. Exactement 967 postes (374 en établissement et 593 postes de titulaire sur zone de remplacement).
  3. Rebaptisées « écoles libres », la novlangue est d’importance.
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