Par Sylvain QUIRION
L’été 2026 restera comme le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures, en 1900 : 53 jours cumulés de vagues de chaleur, loin devant le précédent record de l’été 2003.
Une sécheresse exceptionnelle et de vastes incendies sont venus s’ajouter à ce nouveau record. Ce n’est pas un accident isolé mais la confirmation d’une tendance qui s’accélère.
Un patrimoine scolaire à bout de souffle
Chaque été, un peu plus tôt, un peu plus fort, la canicule s’installe sur le pays et rappelle une évidence que l’institution scolaire peine à intégrer. Nos établissements n’ont pas été pensés pour le monde qui vient car conçus à une époque où ni le confort d’été ni le confort d’hiver n’entraient en ligne de compte. Les équipements sportifs qui sont nos salles de classes ne font pas exception : surchauffés en juin, glacials en janvier. L’été 2026 a révélé les limites de notre système éducatif face au dérèglement climatique.
« Majoritairement construits avant 2005, les gymnases ont une performance thermique équivalente à la réglementation de 1988. »
D’après l’enquête Gymnase Score du SNEP-FSU (2025), 80 % du parc actuel doit être rénové. Majoritairement construits avant 2005, les gymnases ont une performance thermique équivalente à la réglementation de 1988. Quant aux piscines, leur nombre insuffisant prive des générations d’élèves d’un apprentissage essentiel de la natation. D’après le SNEP-FSU et la Fédération Française de Natation, il manquerait aujourd’hui l’équivalent de 1 000 bassins pour couvrir les besoins scolaires et associatifs.
À cela s’ajoutent des inégalités territoriales importantes. Selon que l’on enseigne dans une collectivité proactive et dotée d’infrastructures rénovées ou dans une autre aux finances resserrées, l’accès à des équipements sportifs de qualité varie du tout au tout, parfois au sein d’un même département. Les arbitrages budgétaires récents n’ont fait qu’aggraver la situation : le Fonds vert censé financer la transition écologique des collectivités, doté de 2,5 milliards d’euros annuels jusqu’en 2027, a été rogné pour tomber à 837 millions en 2026, dont une partie fléchée vers les inondations plutôt que vers le bâti scolaire.
Quelles conséquences pour l’EPS ?
Ces constats soulèvent plusieurs questions de fond. Comment proposer un enseignement de l’EPS de qualité, ambitieux, et plus largement une politique sportive scolaire cohérente, quand les équipements disponibles sont insuffisants, dégradés et inégalement répartis ? Comment justifier que des milliers d’heures d’enseignement soient perdues chaque année en déplacements, en aménagements de fortune ou en annulations faute d’espace praticable ?
Pour le SNEP-FSU, la question du confort thermique, été comme hiver, n’est pas un détail mais une condition de l’apprentissage. Un·e élève qui a trop chaud ou trop froid n’apprend pas dans de bonnes conditions. Cela ne l’encourage pas à s’investir et poursuivre son engagement après l’école à l’AS ou dans un club sportif. Ces conditions matérielles dégradées pèsent tout autant sur les enseignant·es d’EPS. Le froid, la chaleur, les intempéries, l’adaptation dans l’urgence des séances, sont autant de contraintes qui pèsent sur le métier. Or les réponses politiques apportées relèvent trop souvent du symbolique plutôt que de l’investissement structurel.
Investir massivement pour les équipements sportifs de demain
Se pose alors la question du modèle de construction et de rénovation. Les équipements construits maintenant seront encore en usage dans les années 2070. Pour le SNEP-FSU, il est indispensable de les penser comme des « éco-gymnases », alliant qualité d’usage et qualité environnementale, afin de programmer dès aujourd’hui des exemples vertueux de demain plutôt que des aberrations écologiques. Cela suppose un plan d’investissement massif et pluriannuel, à rebours des politiques d’austérité actuelles. C’est à cette condition que nous pourrons gagner les 4 heures d’EPS sur l’ensemble de la scolarité. Gagner du temps d’enseignement n’a de sens que si ce temps peut s’exercer dans des conditions dignes.
Pour le SNEP-FSU, cette bataille des équipements sportifs, la profession doit la mener auprès des élu·es locaux·ales, dans les conseils municipaux, départementaux et régionaux, là où se décident les budgets d’investissement. Les enseignant·es d’EPS, parce qu’ils et elles connaissent au quotidien les besoins réels du terrain, sont les mieux placé·es pour porter cette expertise et convaincre les décideurs que ce qui profite à l’EPS profite aussi, plus largement, au sport scolaire et fédéral.
Les solutions existent et depuis 1994, le SNEP-FSU construit une expertise reconnue à travers ses référentiels équipements, régulièrement enrichis et mobilisés auprès des collectivités et des architectes. Le dernier en date, le RESET (Référentiel des Équipements Sportifs En Transition Environnementale), constitue un point d’appui indispensable pour penser dès aujourd’hui des équipements sobres, fonctionnels et adaptés aux conditions climatiques de demain. Il est nécessaire de se donner les moyens de peser sur ces choix politiques.





