Par Bruno CREMONESI
Plusieurs enseignant·es d’EPS, dont de nombreux·euses militant·es du SNEP‑FSU, se sont impliqué·es pendant plusieurs années dans le projet d’amélioration de l’EPS de qualité en Palestine, organisé par la FSGT et financé par l’Agence française de développement. La FSGT, dans sa volonté de développer en Palestine le sport pour tous et toutes, ne pouvait ignorer, comme première étape de construction d’une politique publique du sport, le temps obligatoire que constituent les heures d’éducation physique et sportive. Elle a donc sollicité, il y a maintenant plus de dix ans, le SNEP‑FSU, afin d’engager une réflexion et une mise en œuvre visant à améliorer l’EPS, pour qu’elle devienne un lieu d’étude des sports par une entrée par le jeu et non une répétition de mouvements hors de tout contexte culturel.
Dans la charte de qualité rédigée par le ministère de l’Éducation pour engager à la fois les enseignant·es, les écoles et plus largement la communauté éducative, incluant les municipalités, il est indiqué que « c’est une éducation physique et sportive conçue pour favoriser le développement et suivre les progrès de tous·tes les élèves dans leur engagement envers le sport et l’activité physique ». Le ministère ajoute qu’elle reconnaît « le rôle essentiel du jeu dans les apprentissages et encourage l’engagement des élèves afin de former des citoyen·nes réfléchi·es et socialement conscient·es ». Il s’agit ainsi d’une EPS « ancrée dans l’étude concrète de pratiques physiques et artistiques diversifiées, composantes à part entière de la culture contemporaine ».
À la lecture de ces orientations, nous ne pouvons qu’espérer que notre propre ministère soit un jour en mesure de rédiger une définition de l’EPS allant dans le même sens, en valorisant le jeu et l’objet d’étude que constitue la culture des APSA.
Un ministère du « en même temps » ?
Ce clap de fin peut cependant être regardé avec fierté, dans un contexte d’occupation et de guerre, au vu de la réalisation de six stages de formation pour 63 formateurs et formatrices (superviseur·es et enseignant·es d’EPS) formé·es pour animer des stages de formation sur l’EPS de qualité en Palestine. Cela représente déjà 450 professeur·es d’EPS formé·es. Le ministère de l’Éducation s’est également engagé dans la Journée européenne du sport scolaire et a mis en place des académies de formation chargées d’animer et de développer la formation des enseignant·es dans les différents directorats (découpage de la Palestine en 19 directorats, correspondant à la fonction des inspections pédagogiques).
Le ministère de l’Éducation, compte tenu de la crise financière — en particulier liée au blocage par Israël du reversement du pourcentage de la TVA sur les produits vendus — ne peut plus assumer le paiement des salaires des enseignant·es. Il a donc décidé de réduire la semaine scolaire à trois jours. L’EPS se retrouve ainsi parmi les disciplines nécessairement les plus impactées dans les priorités accordées par les établissements scolaires.
Il faut noter que certaines écoles fonctionnent déjà à distance en raison des attaques récurrentes des colons contre la population, ou des risques permanents liés aux opérations militaires. L’école et l’éducation ont besoin de paix pour fonctionner.
Cependant, le ministère de l’Éducation adopte une logique du « en même temps », à l’image de celle mise en œuvre depuis plusieurs années par le gouvernement de Macron. Il s’est engagé de manière significative dans la formation des enseignant·es d’EPS et dans la volonté d’améliorer cette discipline, mais décide dans le même temps de supprimer l’EPS en classes de première et terminale, puisqu’elle ne comptera plus pour le baccalauréat.
Pour en savoir plus, vous pouvez noter dans vos agendas la date du samedi 30 mai, à laquelle se déroulera le séminaire final de ce projet. Un point final pour ce programme, mais certainement pas pour les projets de solidarité qui continueront à se construire à partir des liens tissés toutes ces années avec les enseignant·es, les superviseur·es, les universitaires et le ministère. Tous et toutes sont engagé·es pour l’éducation de la jeunesse et pour la démocratisation de la culture : des valeurs que le SNEP‑FSU n’a de cesse de défendre et qu’il continuera de porter, en France comme ailleurs dans le monde.





