Inflation : penser celle-ci en termes de conflit de répartition

inflation

Par Pascal Anger

L’inflation est la conséquence de rapports sociaux.

Quelques éléments de problématisation :  

Selon l’Insee, elle est la perte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix. Elle doit être distinguée de l’augmentation du coût de la vie. L’indice des prix à la consommation (IPC) est utilisé pour évaluer l’inflation. Cette mesure est partielle étant donné que l’inflation couvre un champ plus large que celui de la seule consommation des ménages.

Qu’est ce qui fait monter les prix ? Une inflation résulte d’une alchimie entre de nombreux facteurs socio-économico politiques, toujours à contextualiser. Ils s’articulent autour de compromis politiques entre :

  • les créanciers-rentiers versus débiteurs,
  • les salarié·es versus actionnaires,
  • sur la disponibilité des ressources dont les matières premières et leurs acheminements,
  • la main d’œuvre disponible et formée (marché du travail- taux de chômage),
  • la quantité de monnaie en circulation versus crédits et taux d’intérêts, …

Beaucoup de ces facteurs sont liés à l’équilibre entre offre et demande. Celui-ci est souvent soumis au jeu des marchés spéculatifs et des multinationales (par exemple le choix de lier le prix de l’électricité au marché spéculatif de l’énergie en Europe ou la décision de mettre la production agricole sur un marché spéculatif.)

L’inflation actuelle en Europe dite importée (même la BCE le reconnait) est partie de la grande désorganisation mondiale (offre) liée au covid, puis elle a été ensuite combinée avec la reprise économique forte (demande). Cette désorganisation a impacté gravement les chaines de production en flux tendu, les chaines d’approvisionnement – logistique. Il y a eu aussi une augmentation des coûts de l’énergie fossile par le jeu spéculatif des monopoles de multinationales de l’énergie (marché de gros en Europe) et le refus de l’OPEP d’augmenter sa production. Ceci a été amplifié par la guerre en Ukraine avec les sanctions économiques et la question de la production agricole. Les causes de l’inflation actuellement ne sont donc pas en Europe la hausse des salaires ou course prix- salaire, ou les faibles taux d’intérêts, ou bien une importante quantité monétaire créée qui seraient automatiquement sources d’inflation.
A contrario de la désindexation des salaires sur les prix et de la hauteur insuffisante de nombreux salaires, il est choquant de voir que la fortune des millionnaires et milliardaires, des multinationales (cf. CAC 40)  a considérablement augmenté avec une « inflation » à au moins 2 chiffres !!! Les profits ne cessent d’augmenter : en France la fortune des milliardaires français·es a augmenté de plus de 40 % en 2021. Cette inflation-là n’a pas posé de problème.

Il y a au contraire urgence à augmenter les salaires qui sont insuffisants depuis bien longtemps, afin de compenser les hausses actuelles. Ce n’est pas aux salarié·es d’absorber la hausse des prix. Elle peut l’être entre autres par les profits des entreprises et par la décision de revoir la hauteur de la distribution des dividendes et rachats d’actions (69,4 milliards en 2021). Le blocage ou plafond de prix pour certains produits essentiels se posent. Avant de voir les causes de cette inflation, il doit y avoir débat sur qui prend en charge ce surcout. Actuellement ce sont les catégories pauvres à moyennes. La question des 8 à 10 points de la valeur ajouté qui sont passés depuis plus de plus de 30 ans des salaires au capital doit être débattue et revue.

Au bout du bout des alternatives existent pour que ce ne soit pas les salariés qui payent celle-ci.

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