Réforme des concours, où en sommes-nous ?

Par Muriel CORET et Gilles RENAULT

Après quinze ans de réformes manquées, le gouvernement persiste dans des choix qui déstabilisent les formations et les métiers. L’EPS, pourtant attractive, se retrouve piégée dans un dispositif inadapté et destructeur. Les conséquences s’annoncent lourdes pour les étudiant·es comme pour les formateur·rices.

Les réformes successives du recrutement et de la formation des enseignant∙es de ces 10 dernières années ont échoué. Avec la dernière en date, qui reculait les concours à Bac+5 sans solution de financement des études, la crise d’attractivité s’est renforcée. Nous sommes passés de 36 329 candidat∙es aux écrits du CRPE en 2017, à 17 808 en 2023 et 19 342 pour l’ensemble des CAPES en 2017, à 11 269 candidat·es en 2023.

Après ce premier échec, les gouvernements successifs choisissent de repositionner les concours à Bac+3 et la rémunération des lauréat·es en M1 (avec un tiers-temps de stage) et en M2 (contre un mi-temps de responsabilité de classe), comme levier d’attractivité. Ils auraient pu choisir l’amélioration des conditions de travail et de formation, l’allègement des effectifs de classes, la revalorisation salariale… Mais non. Les ministères de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la recherche restent sourds aux propositions et aux analyses que nous portons au sein des groupes de travail.

Pire encore, cet investissement dans la formation et la rémunération des stagiaires est un leurre. Il est rendu possible par la suppression de postes de titulaires. Ainsi, le budget 2026 prévoit presque 1 400 suppressions de postes pour les collèges et lycées l’an prochain. Nous ne l’avons appris que fin janvier.

Ce dossier détaille les différentes mesures de la réforme de la formation des enseignant·es. Mais en premier lieu, nous voulons dire ici que la réforme est particulièrement non adaptée à l’Éducation Physique et Sportive. Avec un poste pour 4 candidat·es, même aux pires années Blanquer, notre discipline n’a jamais été « en panne d’attractivité ». Les choix délibérés des gouvernements successifs ont été de recruter par concours autour de 600 à 700 enseignant·es d’EPS pour 3 000 candidat·es, d’embaucher des centaines de contractuel·les et précaires, alors que nous estimons les besoins à hauteur de 1 500 postes par an sur un plan pluriannuel pour retrouver les taux d’encadrement des années 2000.

Avec cette réforme, nous nous retrouvons aujourd’hui avec 6 000 candidat·es en licence Éducation et Motricité qui se disputeront moins de 500 postes à la session 2026 du concours L3.

Dans le même temps, cette réforme s’accompagne d’un bouleversement dans les INSPE, dont une grande partie ont annoncé leur refus d’inscrire des non-lauréat·es en master après la mise en place de la réforme. Pour une discipline comme la nôtre, avec des effectifs en licence importants et sans véritablement de master disciplinaire, ce serait une catastrophe : il n’y aurait pas de débouchés en master en lien avec leur formation pour des milliers d’étudiant·es titulaires d’une licence en cas d’échec au concours.

La situation est similaire dans le premier degré. La réforme s’accompagne d’une licence Professorat des écoles (LPE), sorte de voie d’accès rapide aux concours de professeur·es des écoles. Mais cette licence n’est pas couplée à un master disciplinaire spécifique. Dès lors, il sera très difficile pour les étudiant·es non lauréat·es de trouver une place en master. La question des débouchés est là aussi problématique : dans les académies où les concours restent sélectifs ou très sélectifs, que vont devenir ces étudiant∙es ?

Cette question concerne aussi les étudiant∙es issu·es des formations mises en place en STAPS pour préparer au professorat des écoles. Depuis des années, les équipes tiennent à bout de bras des modules, des UE, des parcours permettant d’aller vers le professorat des écoles. La création de la licence LPE et la faible part de l’EPS dans le nouveau concours de professeur·e des écoles (PE) mettent ces équipes en difficulté. Pourtant, tout le monde s’accorde à dire que ces PE issu∙es des STAPS apportent une plus-value sensible aux équipes dans les écoles.

les équipes ont mis en place tant bien que mal des formations au concours…


Face à ces incertitudes sur leur devenir, les étudiant·es s’inquiètent. Le ministère a annoncé très tardivement le nombre de postes, les informations sur les solutions post-licence arrivent au compte-gouttes. Angoisse des un·es, abandon des autres. Il n’est pas rare que les cours devant 60 étudiant∙es en début d’année se fassent désormais devant une dizaine dans divers STAPS. Cette réforme crée des inégalités entre les étudiant∙es, dès la préparation au concours : dans certaines universités, les équipes ont mis en place tant bien que mal des formations au concours en plus de la L3, mais attendent toujours de savoir si leur UFR va toucher les moyens supplémentaires promis par le ministère pour accompagner la réforme. Les fameux « blocs de 60h » espérés, attendus, mais toujours pas arrivés dans de nombreux UFR et qui ne sont même pas garantis pour la rentrée 2026.

Les incertitudes pèsent également sur les formateur·rices. Avec la fermeture des masters aux non-lauréat·es dans certains INSPE, les cartes sont redistribuées parfois pour le pire. Dans certaines académies, le master M2E EPS n’ouvrira que sur un seul site quand le master MEEF EPS était ouvert sur plusieurs sites de l’académie. Cette réduction amènera inévitablement des tensions entre enseignant·es en STAPS et en INSPE notamment. Le ministère avait promis de ne pas toucher à la carte des formations. Mais l’autonomie et la crise dans les universités en ont fait un vœu intenable.

Si le ministère indique qu’il n’a pas pour but de remettre en cause la carte des formations, ce discours se double systématiquement d’un avertissement : les universités gardent la main sur leur offre de formation. Alors que 3 universités sur 4 sont en déficit, qui peut croire que INSPE et Universités ne vont pas d’ici quelques années, fermer des sites de formation ?

Cette quatrième réforme de la formation en 15 ans pousse au plus haut point la maltraitance subie par les formateurs et formatrices des Universités, dans les INSPE comme dans les autres composantes.

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