Formation continue : un droit en voie de disparition

Par Claire Sackepey

Baisse des moyens, explosion du distanciel, procédures complexes : la formation continue se délite et s’éloigne du temps de service. Derrière ces dérives, c’est la transformation silencieuse du métier qui se joue.

La formation continue traverse une phase critique. Partout, les académies signalent les mêmes dérives : baisse des moyens, éclatement des formats, montée du distanciel et glissement progressif vers des dispositifs hors temps scolaire. Ces évolutions, présentées comme « innovantes » masquent une volonté de déporter la formation hors du temps de service et de transformer en profondeur le métier.

La démultiplication des formats — présentiel, distanciel, hybride, contenus à lire chez soi, visios dans les établissements — donne l’apparence du choix. En réalité, elle renvoie chacun·e à une formation individualisée, isolée, sans échanges ni confrontations professionnelles, pourtant constitutifs de la culture de l’EPS. Certaines académies exigent même des rendus pour valider un module et débloquer l’inscription au suivant : une logique de contrôle incompatible avec un droit statutaire.

D’un droit garanti à une demande soumise à autorisation

L’accès aux formations s’est parallèlement complexifié : intitulés flous, procédures en plusieurs étapes, motivations à rédiger. On passe d’un droit garanti à une demande soumise à autorisation. Le·la collègue est placé·e sous tutelle administrative, rendu·e responsable du refus éventuel, alors que c’est en réalité la baisse des crédits qui réduit le nombre de places. Cette responsabilisation individuelle invisibilise le déficit structurel de moyens : moins de jours de formation ouverts, baisse des horaires alloués à la formation disciplinaire, fragilisation des formations qualifiantes, chute des crédits pour certaines formations comme l’agrégation interne.

Vers une « déculturation » des contenus

Sur le contenu, une tendance lourde se confirme : la déculturation de l’EPS. Les formations transversales (gestion des élèves difficiles, inclusion…) prennent le pas sur les stages centrés sur les APSA. Lorsque celles-ci apparaissent, elles sont souvent annexées à des thématiques générales (ex : « santé et plaisir dans et par l’activité Badminton» ), comme s’il fallait accoler des termes pour justifier l’existence même d’une formation disciplinaire. Les formations d’APSA qualifiées comme nouvelles : Parkour, spikeball… se développent considérablement. La multiplication des modules en ligne, Magistère ou ressources externes à l’Éducation nationale, achève d’éloigner les collègues de la pratique.

Les formateur·rices, eux·elles aussi, se retrouvent fragilisé·es : rémunérations réduites, injonctions à intervenir hors de leur champ d’expertise, surcharge logistique, évaluations opaques dont ils·elles ne connaissent ni les résultats ni l’usage. Cela devient décourageant !

La formation continue doit rester un droit, sur le temps de service, adossée aux APSA

Nos inquiétudes s’accumulent : pressions de chef·fes d’établissement exigeant des propositions de remplacement pour valider une formation ; expérimentations de stages le soir ou pendant les vacances, particulièrement excluants pour les femmes ; obligation de « rendus » pour certaines certifications coûteuses comme le PSC1 ; argumentaires écologique et économique utilisés pour justifier le distanciel et rémunérations divisées lorsque les formateur·rices travaillent par deux.

Tout ceci dessine une stratégie de transformation du métier par affaiblissement de la formation continue, réduction du collectif professionnel, flou disciplinaire et mise sous dépendance des enseignant·es. En touchant la formation, c’est la fonction même de l’École qui est redéfinie.

Le SNEP-FSU réaffirme avec force que la formation continue doit rester un droit, sur le temps de service, adossée aux APSA, porteuse d’une culture professionnelle exigeante et émancipatrice. Nous appelons à un état des lieux précis dans toutes les académies, à l’exigence de bilans chiffrés transparents et à la défense d’une formation ambitieuse, construite par et pour la profession.

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