La fiscalité et le budget de la nation sont les fondements de toute politique publique. Sebastien Lecornu vient d’écrire aux ministres pour faire encore une fois retentir la petite musique de l’austérité. La répétition de l’alibi du « contexte budgétaire » sert une fois de plus de paravent pour ignorer les besoins et poursuivre la dégradation des services publics. Pour certain·es, « les caisses sont vides ». Il n’y aurait plus rien à contester … Mais de quelles caisses devons-nous parler ? Celles de l’Etat ou celles de tous ceux que ce gouvernement favorise depuis 2017 ? Celles de l’Etat ou celles de Total qui débordent de bénéfices engrangés sur les désordres du vieux monde décarboné ? Celles de l’Etat ou celles de ceux qui ne paient plus l’impôt sur la fortune ? Celles de l’Etat ou celles des entreprises qui perçoivent 211 milliards par an sans aucune contrepartie ni contrôle ? Un mensonge, même répété 1000 fois ne fait pas une vérité. Nous contestons cette violence anti sociale toujours plus grande faite aux usager·es comme aux personnels des services publics !
C’est dans ce contexte que la Direction des Sports nous invite à réfléchir au modèle économique des CREPS, auxquels on annonce déjà, dans le budget 2027, des baisses de subventions sur la masse salariale, et sur lesquels Bercy veut prélever la taxe sur les salaires. L’Etat taxe l’Etat … l’Administration française devient autophage ! Quels que soient les efforts faits par les personnels des CREPS, les variables d’ajustement budgétaires continueront à les étrangler. Il y a urgence à recentrer les établissements du sport dans leur rôle de service public et de redéfinir ce qui en fait leur singularité. La FSU a déjà fait des propositions dans ce sens.
Cette austérité, à l’œuvre depuis des années et qu’on veut toujours accentuer, s’applique aux services départementaux et régionaux. Cette année, les services devaient « rendre » 20 postes dans le cadre du redéploiement des postes SNU, alors que la jeunesse désespère du monde qu’on lui laisse, dérégulé de tous points de vue : du climat, de l’économie, du droit, du vivant … Comme rappelé dans l’appel « Urgence pour la jeunesse » que le SNEP-FSU a adressé à tous les acteurs encore responsables des politiques publiques de l’éducation physique et sportive, du sport, de l’éducation populaire, il est nécessaire de maintenir et d’accroitre les moyens en postes du service public en charge de la jeunesse et de la vie associative. De plus, il faut stopper le plan de licenciements massif et silencieux qui frappe tout le secteur associatif, avec la baisse continue des subventions. L’Etat a réduit les siennes de 40% en 3 ans. Les personnels des services en charge de promouvoir l’engagement de la jeunesse ne peuvent se résoudre à assister à la mort lente du tissu associatif qui fait encore et toujours société. Pour cela encore, ce projet de budget 2027 doit être contesté !
Si la ministre a trouvé des pierres magiques à destination des joueurs de l’équipe de France de football, elle ne cherche toujours pas la pierre philosophale de l’adéquation missions/moyens pour ses services dans les territoires mais aussi dans son Administration Centrale, dont certains bureaux sont sous dimensionnés, et qui est en perpétuelle instabilité technique.
Tout occupée à devancer les coupes budgétaires et à prier pour qu’il y ait de la neige pour les JOP 2030, notre ministre n’a pas trouvé le temps de publier une directive nationale d’orientation pour les services et les établissements en charge de déployer des politiques publiques. Comment les DRAJES vont-elles définir leur stratégies régionales prévues dans le code du sport ? Où vont les CREPS ? Cette gestion erratique contribue à une perte de sens et de cohérence… Attachés à leurs missions et à leur engagement de service public, les personnels souffrent dans leur métiers de ces dégradations.
Aujourd’hui, la Direction des Sports nous présente un projet d’instruction relatif à l’habilitation des formations préparant aux diplômes JEPS, qui vise à harmoniser les pratiques des DRAJES. A la FSU, nous estimons que ce projet va dans le bon sens. Mais il rencontre la problématique liée au rôle des CREPS et vient aussi interroger une certaine vision de l’organisation de l’Etat dans notre périmètre, où l’Etat contrôle l’Etat. Nous le disons avec force : il faut reconnaître un rôle spécifique de service public pour les CREPS et les écoles nationales. Il faut aussi mettre fin à la double habilitation en matière d’environnement spécifique (DRAJES + Ministère). En effet, cette habilitation est du ressort exclusif du ministère, via l’appel d’offre interne auprès de ses établissements, et c’est à la mission harmonisation nationale de veiller au respect de l’exigeant cahier des charges imposé aux établissements et adossé au Code du Sport.
Nous rappelons également que la réforme des formations par blocs de compétences n’a démontré aucune plus-value technique et pédagogique, et que sa principale ambition, qui est de fluidifier et reconnaître les parcours entre filières de formation et de certification, est un échec à ce jour.
Concernant le management toxique, nous l’avons déjà exprimé ici, il est anormal que des personnels soient infantilisés, humiliés, maltraités dans les établissements du ministère. Plusieurs situations vous ont été remontées ces derniers mois. Aujourd’hui, nous vous alertons sur une situation de harcèlement et de détresse dans un CREPS. Un de nos collègues est actuellement victime d’un acharnement hors norme de la part de sa direction, et tout accompagnement syndical lui a été refusé, malgré plusieurs entretiens auxquels il a été convoqué. Nous dénonçons ce management public qui exerce une violence sur les personnels et qui empêche l’exercice des missions. S’il faut faire preuve d’un nécessaire discernement dans toutes les situations, nous souhaitons une réponse systémique, afin d’en finir avec ces cas dangereux de souffrance au travail.
Comment ne pas parler de la coupe du monde football ? Le gigantisme inédit de l’organisation, le déploiement policier surdimensionné et la marchandisation excessive de l’évènement témoignent d’un accaparement politique et économique de ce sport populaire. Le contexte international, géopolitique, écologique et social amène à reposer la question des conditions nécessaires pour permettre l’organisation des grands évènements sportifs internationaux. Alors que le réchauffement climatique et ses conséquences sur les populations s’aggravent, le trafic aérien généré par les déplacements incessants des spectateur·rices est injustifiable et aurait dû être évité. De plus, le racisme et les discriminations imposés à certaines délégations ou arbitres (expulsion, fouilles poussées, humiliations) contreviennent aux valeurs de la rencontre sportive. Enfin, alors que les populations souffrent d’inflations record avec des difficultés à vivre de plus en plus grandes, une fois encore, la fête du sport est surtout devenue une grande opération commerciale et financière avec, en prévision, des revenus record attendus par la FIFA de 13 milliards de dollars pour le cycle 2023-2026. D’autres choix sont possibles et demandent des réflexions approfondies de tous les acteurs du monde du sport. Dans ce contexte, l’équipe de France marque des buts et son capitaine Kylian M’Bappé en marque à la fois sur les terrains de football et aussi dans l’espace public, notamment lorsqu’il s’inquiète de la potentielle arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Nous saluons ses expressions citoyennes sur les enjeux sociaux et politiques de notre pays.
A propos de la canicule et des noyades, nous soutenons et faisons nôtres les revendications exprimées par nos collègues de la FSU aux derniers CSA MEN, qu’il s’agisse des équipements sportifs ou de l’apprentissage de la natation. Il est temps de sortir du jeu de ping-pong entre l’Etat et les Collectivités sur le bâti : c’est bien par un plan de financement pluriannuel Etat+Collectivités pour la rénovation des équipements sportifs que nous pourrons sortir du bricolage institutionnalisé. Combien de drames faudra-t-il encore lors de ces épisodes de canicule pour que nos ministères prennent leurs responsabilités sur la question de l’apprentissage de la natation à l’Ecole. Nos ministères affichent le « savoir nager » comme une priorité, mais ils réduisent drastiquement les moyens et les personnels. 14 % des élèves de collège n’iront jamais à la piscine, faute d’existence à proximité d’équipements. La natation, activité fortement marquée socialement, est fondamentale à l’Ecole, à la fois pour lutter contre les inégalités et répondre à un enjeu de santé et de sécurité publique.
Les salaires dans la fonction publique : attractivité ou repoussoir ? Dans la fonction publique, la hausse du SMIC fait passer en dessous de celui-ci de nombreux échelons de la catégorie C (17 sur 33) ainsi que les pieds de grille en catégorie B et les débuts de carrière des corps de catégorie A les moins valorisés. C’est inacceptable pour la FSU, a fortiori après les annonces récentes à la DGAFP et à la DGRH sur l’absence de revalorisation des salaires en 2026. A Jeunesse et Sports, nos demandes de transposition aux PTP des mesures sur les carrières et rémunérations des enseignant·es restent toujours lettre morte, tout comme nos revendications en faveur des IJS. La FSU appelle à une journée d’action fonction publique le 29 septembre 2026 pour la revalorisation des salaires.
Vous l’avez compris, la question budgétaire est au cœur de tous les sujets, pour nos métiers, les personnels et la défense du service public. Elle sera au cœur de nos combats dès la rentrée.





