Ancien professeur d’EPS, Éric Forêts est aujourd’hui entraîneur principal du PAUC, le club aixois de handball évoluant au plus haut niveau national. De la ZEP à l’INSEP, de projets artistiques en collège aux bancs de la D1, son parcours éclaire les liens profonds entre formation en EPS, sport scolaire et haut niveau. Il porte ici un regard engagé sur son métier d’enseignant d’hier, d’entraîneur d’aujourd’hui, et sur l’avenir de certaines pratiques en EPS.
Bruno Cremonesi : Est-ce que tu peux revenir un peu sur ton parcours ?
Éric Forêts : J’étais en STAPS à Lyon, puis j’ai été muté en Seine-Saint-Denis. Ensuite, je suis revenu dans un petit collège classé ZEP, juste à côté de chez moi, à Saint-Étienne, où j’ai travaillé pendant seize ans. À côté, j’étais joueur semi-professionnel à Lyon.
J’ai vécu dans ce collège mes meilleures années professionnelles. Je ne faisais pas de handball en UNSS et je n’entraînais pas d’équipe en club. En revanche, je me suis investi à fond dans le cirque et le théâtre. Nous avons créé une option, et collectivement inventé de très beaux projets.
J’ai ensuite voulu essayer le lycée. À ce moment-là, j’ai commencé à entraîner le club de Saint-Étienne, qui est passé de la Nationale 3 à la Nationale 1. J’ai pris un congé de formation et j’ai fait une année à l’INSEP pour passer le diplôme d’entraîneur professionnel. J’y ai découvert le monde du très haut niveau et la dimension très scientifique de l’entraînement.
Mon diplôme en poche, j’ai eu des propositions de clubs professionnels. J’ai alors pris une disponibilité pour me lancer dans ce nouveau projet. Me voilà aujourd’hui à Aix-en-Provence comme coach n°1 du PAUC.
B. C. : Quelle est la différence la plus marquante pour toi entre prof d’EPS et entraîneur de haut niveau ?
E. F. : Le silence…
Les séances que j’anime aujourd’hui se déroulent sans un bruit. Quand je parle, plus personne ne parle. Récemment, lorsque j’ai observé des cours d’EPS avec les joueurs, ce n’était pas la même ambiance… j’avais oublié !
Le fait d’avoir été professeur d’EPS m’a construit un œil sur l’activité des joueurs et sur ma capacité à adapter les situations en fonction de leurs réalisations ou de leur fatigue. Je suis, par exemple, très attentif aux signes de fatigue, et je ne vais pas pousser un joueur jusqu’à l’épuisement.
Je perçois rapidement lorsque les joueurs sortent de ce qui est attendu. Je peux alors modifier la situation ou la clarifier, si besoin, afin de les maintenir dans ce que je cherche à construire.
Dans le haut niveau, nous disposons de conditions exceptionnelles pour faire progresser les joueurs. Lorsqu’un joueur n’a pas compris ou n’a pas réussi dans une situation collective, je peux lui proposer une séance individuelle. C’est un luxe que tu ne peux évidemment pas t’offrir avec une classe de vingt-cinq ou trente élèves.
B. C. : Quel regard, en tant qu’entraîneur de haut niveau, portes-tu sur l’EPS ?
E. F. : J’ai un regard assez sévère sur ce qui est proposé en musculation, et en particulier sur les nouveaux textes liés à la gestion de la vie physique. Ces compétences ne vont pas, selon moi, dans la bonne direction.
Pour schématiser, on finissait par avoir au lycée des garçons qui cherchaient surtout à faire du volume des pectoraux, et des filles à affiner leurs fesses. C’est contraire à ma philosophie de ce que devrait être l’École, et l’EPS.
Le but dans la vie, c’est quoi ? Être « instagrammable » ? Parce que tous les objectifs qu’on donne aujourd’hui sont des objectifs pour être instagrammable. Qui a dit qu’il fallait avoir des pectoraux développés pour être bien dans sa vie ?
Si j’ai participé à ce mouvement, c’est aussi parce que je n’avais pas toujours les compétences pour faire progresser l’ensemble des élèves en musculation. Je ne ferai plus la même chose aujourd’hui, mais je chercherai à proposer de séances pour développer leur musculation, leur gainage.
B. C. : Le handball est-il encore un sport scolaire ?
E. F. : Je suis venu au handball grâce à un professeur d’EPS !
Le handball restera scolaire s’il sort du format 40 × 20 avec deux cages. Avec une classe de 30 à 35 élèves de génération Z, ce n’est tout simplement pas jouable.
Si le handball veut retrouver de l’attractivité et une base plus solide, il faut aller vers le hand à 4.
Enseigner le handball à 7 contre 7 sur un grand terrain devient aujourd’hui beaucoup plus difficile que de proposer du badminton. Peu à peu, le handball recule…
Il devient donc indispensable, pour relancer le handball, de faire vivre le jeu en 4 contre 4.
Je l’utilise régulièrement à l’entraînement avec mes joueurs. Ce format développe réellement les savoir-faire à petit effectif et les relations fines à deux. Il favorise à la fois la défense et l’attaque sur tout le terrain.
D’ailleurs, notre dernier match, nous le perdons justement sur ce type de situations de jeu où nous n’avons pas réussi à trouver des situations de démarquages face à une équipe qui réalisait un pressing très haut.
B. C. : Peux-tu nous dire, pour toi, deux caractéristiques principales du haut niveau ?
E. F. : La première caractéristique, c’est le jeu rapide sur grand espace : la projection, la vitesse.
Statistiquement, sur la phase de jeu rapide, dans 95 % des cas où nous avons été battus par l’adversaire dans ce secteur, nous avons perdu le match. Aujourd’hui, une équipe qui défend, monte vite les ballons et marque a, selon moi, 70 % de chances en plus de gagner.
La deuxième caractéristique, c’est le jeu de duel, très central, avec des gabarits plus petits qu’avant. Ces joueurs vont très vite et sont capables de gagner de petits espaces pour marquer ou délivrer une passe décisive.





