Sport à l’école : le SNEP-FSU défend une vision sociale et émancipatrice

Interview de Fabrice Allain et Coralie Benech, co-secrétaires du SNEP-FSU, par Djéhanne GANI, du Café Pédagogique

« L’enjeu est de renforcer la démocratisation d’accès aux pratiques physiques, sportives et artistiques. Cela passe par une politique volontariste et le vote d’un budget qui répond aux besoins des jeunes dans leur diversité : milieu social, lieu de vie, genre… L’augmentation du temps d’éducation physique et sportive à l’école doit aussi s’accompagner de programmes à visée émancipatrice fondés sur l’acquisition d’une culture commune ». Fabrice Allain et Coralie Benech co-secrétaires du SNEP-FSU depuis le mois dernier, évoquent pour le Café pédagogique les principales orientations et priorités de leur mandat. Pour eux, la « définition sociale de l’École est bien différente des injonctions aux parcours personnels ou de la réduction de la discipline à la seule santé physique. Le SNEP-FSU promeut une santé « transformatrice », soit un pouvoir d’agir de l’individu dans son contexte social ».

Vous êtes les nouveaux secrétaires généraux du SNEP-FSU : pourriez-vous revenir brièvement sur vos parcours respectifs ?

Coralie Benech : J’ai été syndiquée dès mon année de stagiaire et je me suis engagée au SNEP après le mouvement contre la réforme des retraites de 2003. Secrétaire départementale du 94, secrétaire académique de Créteil puis secrétaire nationale à partir de 2013, co secrétaire générale du SNEP depuis 2021, J’ai travaillé notamment sur les questions de l’entrée dans le métier et sur les questions d’emplois et de carrière. L’évolution de notre société, les choix gouvernementaux au détriment les services publics, le renforcement des inégalités me renforcent dans mes convictions et dans les luttes menées.

Fabrice Allain : Je rejoins Coralie au secrétariat général après avoir eu la responsabilité des publications nationales et de la communication. Auparavant, j’ai participé au groupe national de formation syndicale. L’ensemble de ces responsabilités, si on ajoute aussi celle de secrétaire départemental de Gironde, m’ont permis d’appréhender l’activité syndicale, son histoire et ses débats sous de nombreux aspects. Finalement, ce qui relie toutes ces facettes du syndicalisme c’est bien la création d’un rapport de force grâce à l’action avec nos collègues sur le terrain jusque dans les instances où nous siégeons.

Quelles sont les principales actualités ainsi que les priorités qui marqueront votre mandat ?

La période est marquée par l’explosion des inégalités de toutes natures. Inégalités sociales mais aussi de genre, culturelles, territoriales ou encore liées au handicap. Le service public d’éducation, et pour ce qui nous concerne celui d’éducation physique et sportive, doit être doté de moyens suffisants pour combattre ces inégalités. Ce n’est malheureusement pas le choix que font les gouvernements successifs depuis plusieurs années. Les effectifs par classe sont toujours les plus élevés d’Europe, le manque d’équipements sportifs prive les élèves de la totalité de l’horaire qui leur est dû, l’insuffisance des recrutements provoque à chaque rentrée scolaire des milliers d’heures d’EPS non assurées, la suppression de postes a pour conséquence la baisse du nombre d’associations sportives scolaires… Face à cela, il faut des budgets à la hauteur des besoins. Par ailleurs, la rémunération et les droits des agent·es public·ques sont constamment sous le feu de réformes qui visent à les réduire. Le gouvernement ne prend pas la mesure de la crise d’attractivité actuelle. Pour le SNEP-FSU, il est urgent d’augmenter les horaires de la discipline à 4h hebdomadaires, ce qui sous-tend d’autres décisions qui amélioreront la qualité du système éducatif, les conditions d’étude des élèves ainsi que les conditions de travail des personnels (recrutements, construction et rénovation d’équipements sportifs, baisse des effectifs par classe…).

Vous avez récemment lancé un appel en faveur du renforcement de l’École publique, de l’EPS et du sport scolaire : quels en sont les objectifs et les enjeux ?

L’enjeu est de renforcer la démocratisation d’accès aux pratiques physiques, sportives et artistiques. Cela passe par une politique volontariste et le vote d’un budget qui répond aux besoins des jeunes dans leur diversité : milieu social, lieu de vie, genre… L’augmentation du temps d’éducation physique et sportive à l’école doit aussi s’accompagner de programmes à visée émancipatrice fondés sur l’acquisition d’une culture commune. Pour le SNEP-FSU, la fonction de l’EPS à l’école est de développer et renforcer les pouvoirs d’agir des élèves. Pour cela, l’élève doit être confronté à des objets culturels pour se les approprier et les faire évoluer. Cette définition sociale de l’École est bien différente des injonctions aux parcours personnels ou de la réduction de la discipline à la seule santé physique. Le SNEP-FSU promeut une santé « transformatrice », soit un pouvoir d’agir de l’individu dans son contexte social.

Vous mettez également l’accent sur la lutte contre l’extrême droite : pour quelles raisons ce combat vous semble-t-il aujourd’hui essentiel ?

Les valeurs et pratiques de l’extrême droite sont fondées sur la discrimination, l’entretien des formes de domination, en particulier sur les femmes, et la mise à distance de la culture. C’est un projet politique dangereux qui s’appuie sur les idées de haine de l’autre, des minorités et qui sert in fine les intérêts d’un système capitaliste en peine à renouveler ses profits. Le projet d’école ou d’EPS de l’extrême droite est quasi inexistant, ce qui en dit long sur le projet de société qu’elle poursuit. Le SNEP-FSU s’attachera à défendre le statut des fonctionnaires, leur indépendance au pouvoir en place et la responsabilité qu’ils et elles portent pour défendre l’intérêt général afin d’ériger un rempart contre l’avancée de l’extrême droite. Le SNEP-FSU défend des valeurs d’émancipation, de rencontre, de solidarité, à l’opposé du repli sur soi identitaire et de l’entretien des différences. Pour le SNEP-FSU, aucune branche de l’extrême droite n’est fréquentable.

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