Par Christian COUTURIER
Survol de l’histoire de la construction d’une discipline qui est peut-être passée à côté de son objet d’étude principal : la technologie des pratiques sportives et artistiques.
L’histoire des STAPS est riche, bien que récente. Elle vient de la volonté farouche de la profession et des formateur·rices des années 60 à 70, dont le SNEP était l’outil de revendication collectif, d’être reconnue à égale dignité des autres disciplines. Cela passait par la reconnaissance universitaire de leur formation. Mais il s’agissait aussi d’une reconnaissance de l’EPS. L’appui sur les sciences et la recherche, bien présent dans les écrits du CAPEPS de l’époque était le signe d’une volonté de s’autonomiser des sciences dites justement « d’appui », pour créer une recherche spécifique à l’EPS et au sport.
La demande syndicale d’universitarisation de la formation des enseignant·es s’exprime et se renforce lors de 3 initiatives intersyndicales en 1971, 73, 76 (SNES, SNEP, SNESUP, SNPEN alors à la FEN). La première exige le recrutement du second degré non plus à la licence mais à la maîtrise, les deux autres proposent la création de centres universitaires de formation pour tous les maîtres et posent le principe d’une formation enseignante incluant la recherche.
Un rapide état des lieux aujourd’hui pourrait se solder par un constat d’échec : la filière « éducation-motricité », bien que fondatrice des STAPS, tend à être moins désirable, principalement à cause de la dégradation du métier de l’enseignement, et la recherche bute encore sur ce que pourrait (ou devrait) être l’objet propre des STAPS. Alors que le cœur devrait tourner autour des APSA, une pluridisciplinarité relativement large et peu questionnée en constitue aujourd’hui le paradigme.
Pourtant, des universitaires comme D. Bouthier dès les années 90 ont développé une approche dite « technologique » des APSA et la construction de pratiques scientifiques pour l’intervention. L’objet propre des STAPS aurait pu ainsi se développer pour que la fonction sociale des STAPS soit au service de tous et toutes : viser la démocratisation de la connaissance des phénomènes liés à l’intervention, en EPS et dans le sport, avec la recherche de la meilleure qualification possible pour les futur∙es intervenant∙es.
Mais c’était sans compter sur la combinaison de 3 logiques qui se sont déployées depuis les années 80 : le développement des laboratoires (concurrentiels entre eux), la dynamique des carrières individuelles, celle de la baisse régulière et jamais enrayée des moyens et des horaires de formation, et enfin l’alignement de la formation, particulièrement des enseignant∙es, sur celle les autres disciplines.
Aujourd’hui, l’université française n’a plus les moyens de ses ambitions. Et dans ce contexte les STAPS ne constituent visiblement pas une priorité. N’oublions pas que depuis toujours, ce qui a été gagné, comme la dotation spéciale en 2016 par exemple, ou simplement « non perdu », l’a été par la mobilisation des personnels, des syndicats, des étudiant∙es… Et si l’on retrouvait cet élan collectif ?





