Mondial 2026, quel bilan ?

par Fabrice ALLAIN

La Coupe du monde de football 2026 a encore passé un cap quant au gigantisme, aux enjeux politiques et géopolitiques, à l’impact environnemental et à la marchandisation d’un sport qui rassemble par ailleurs plus de 250 millions de pratiquant·es sur la planète.

Une démesure dévastatrice

En 10 ans, la Coupe du monde de foot est passée de 24 à 48 équipes, doublant ainsi tous les paramètres. Après le Qatar en 2022 et le scandale des stades climatisés à ciel ouvert, l’édition 2026 aux États-Unis, Canada et Mexique est devenue la Coupe du monde la plus polluante de l’histoire avec une estimation de 8 millions de tonnes de CO2 émises. Les déplacements des supporter·rices pour les 104 matchs dans 16 villes différentes sur les 3 pays représentent à eux-seuls 88 % de l’empreinte carbone de l’évènement. A lui seul, le président de la FIFA a cumulé 57 000 km de déplacements et généré 516 tonnes de CO2 soit la consommation annuelle de 78 personnes (source Ouest France, 30/06). Sur le plan environnemental, cette Coupe du monde marque un recul flagrant et un déni de la crise climatique.

Un évènement sportif… et géopolitique

Si certain·es s’illusionnaient encore que le sport et ses grands évènements n’étaient pas des objets politiques de premier plan, ils et elles ont dû se rendre à l’évidence : cette Coupe du monde de football fut le relais de nombreux messages liés au contexte politique et géopolitique. La FIFA a été impuissante à réguler les violences, notamment les publications haineuses qui ont augmenté de 3 % par rapport à 2022. Des restrictions de visas ont été imposées, notamment à la délégation iranienne, et l’arbitre somalien Omar Artan n’a pas pu entrer sur le territoire américain. L’autorisation de la banderole argentine « Las Malvinas son Argentinas » par la FIFA World Cup Task Force interroge également. Enfin, même si D. Trump était peu présent physiquement, il a fait preuve d’abus de pouvoir dans l’affaire Balogun en obtenant l’annulation d’un carton rouge. Notons néanmoins que la tentative d’instrumentalisation de la cérémonie finale par le président américain fut contrariée avec succès par les joueurs espagnols.

Money !

Enfin, cette compétition a donné lieu à un commerce renforcé et une marchandisation inadmissible du sport. Les prix des billets (de 700 euros à 9 600 euros la place pour la finale) interdisaient l’accès à un large public. Par ailleurs, en permettant l’organisation de publicités pendant le temps de jeu, la FIFA s’est octroyé le pouvoir de changer les règles d’un sport collectif de manière discrétionnaire : le football se joue désormais en 4 quarts temps !

Dès le rideau tiré, le cap mercantile franchi par l’évènement a donné des ailes au président de la FIFA qui s’est immédiatement projeté dans une opération de privatisation à grande échelle des prochaines Coupes du monde. Pour l’instant, ses velléités ont été stoppées (notamment par l’ONG FairSquare et la campagne « Reboot FIFA » qui appelle à une réforme de la gouvernance) mais elles révèlent une déviance bien ancrée et éloignée des valeurs de rencontre humaine, de paix, de progrès culturel et sociétal que doivent incarner le football et le sport en général.

Dans un an, la Coupe du monde féminine sera organisée pour la première fois au Brésil, pays d’Amérique latine où le football occupe une place importante dans les identités nationales mais où la féminisation de la pratique souffre encore d’importantes inégalités. Un tout autre modèle, économique, écologique, devra être envisagé par les instances organisatrices.

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