Formation initiale : Une réforme en forme d’abandon


Par Gilles RENAULT

Quel avenir pour les non lauréat·es aux concours L3 ?

Voilà des mois que nous l’annoncions, que nous alertions à tous les niveaux ; le ministère l’a communiqué vendredi 30 janvier : 9 INSPE ont décidé de ne pas accueillir les non-lauréat·es du CAPEPS L3 dans leur master M2E à la rentrée 2026 : Caen, Bretagne, Créteil, Grenoble, Lille, Lorraine, Lyon, Nantes, Paris. Ces INSPE couvrent la formation initiale au métier d’enseignant·e dans des académies comprenant 1 à 4 STAPS.

D’après nos informations recueillies auprès des collègues formateur·rices et la base de données du ministère, ces STAPS accueillent 1 800 étudiant·es en licence Éducation & Motricité.

Pour ces étudiant·es, les chances d’avoir le concours sont peu élevées avec 475 places ouvertes également aux inscrit·es en master 1 du MEEF.
Leurs chances de continuer leur scolarité sont aussi peu élevées. Le master Sport, Politique Éducative et Société constitue un autre débouché après la licence EM, mais il est très peu proposé à l’échelle du pays (Rennes, Strasbourg…).

Ces étudiant·es vont demander à intégrer les masters des autres académies accueillant des non-lauréat·es, mais la sélection sera drastique. Le ministère n’est pas capable de nous dire à ce jour les places disponibles. Mais une académie peut avoir en charge l’accueil de 15 étudiant·es lauréat·es du concours L3 dans son INSPE, puis considérer qu’elle prend 10 non-lauréat·es pour compléter son groupe. Nous craignons là encore que le nombre de places soit extrêmement faible.

Enfin, que dire de la répartition géographique ! Le ministère, dans son obstination à préserver l’autonomie des universités, laisse une carte de formation sans possibilité pour les recalé·es du concours dans l’Ouest de la France : Nantes, Rennes, Caen ne prennent pas de non lauréat·es. L’académie entière de Lille, tout Paris et l’Est Parisien… On voit ici se dessiner un peu plus les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur. L’affectation en STAPS est extrêmement inégalitaire entre académies pour l’entrée en STAPS des lycéen·nes, les INSPE le seront à leur tour pour les titulaires d’une licence.

Les Universités aujourd’hui commencent à bricoler des formations pour former a minima les recalé·es du concours, mais au regard de leur situation budgétaire exsangue, du budget 2026 toujours plus hostile, la casse sera sévère et les personnels sont épuisés.

Pour ces 1 800 étudiant·es victimes d’une réforme précipitée et inadaptée, le ministère doit enfin prendre ses responsabilités !

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