La tragédie du dossard 512

Avec ses 900 représentations, le spectacle La tragédie du dossard 512 devient un ultra-trail des comédies. Yohann Métay, ancien professeur d’EPS, a décidé de se consacrer à l’écriture et au théâtre. Rencontre avec un acteur de théâtre qui défend l’idée que l’EPS est fondamentale car c’est l’endroit où tu peux encore être connecté·e à toi-même.

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Bruno CREMONESI : Prof d’EPS, cela a-t-il toujours été ta vocation ?

Yohann MÉTAY : Pas du tout, je voulais travailler dans la mécanique des fluides, mais mes résultats en maths m’ont découragé. Pour l’anecdote, j’ai failli rater mon CAPEPS, j’avais préparé un faux dossier avec des blagues sur la une pour faire rire mes camarades. Sauf que je me suis trompé et j’ai envoyé ce dossier à Vichy pour l’oral. Par chance, le jury a finalement accepté de me garder.

B. C. : Qu’est-ce qui t’a intéressé dans le travail de prof d’EPS ?

Y. M. : C’est vraiment le côté éducation. L’accompagnement d’un gamin par les activités physiques et sportives. Il faut maîtriser l’objet social d’enseignement, mais ce que j’ai le plus adoré, c’est de créer des situations de référence. Par exemple en football, les gamins avaient une représentation très ancrée et c’était un défi de leur faire accepter de jouer à cinq.

Une fois les élèves en situation, j’aimais la transformer et voir avec eux ce qu’ils doivent modifier pour être plus efficaces, pour essayer d’être plus économes, d’être plus ensemble. J’avais une attention particulière sur la dimension du plaisir. On a tendance parfois à l’oublier. Les enfants dans le jeu vont chercher à gagner, et notre rôle est aussi de conserver le plaisir.

B. C. : Que retrouves-tu de similaire entre le jeu d’acteur et le métier de prof ?

Y. M. : Quand je suis sur scène, on me demande souvent si j’ai fait de la danse au vu de ma façon de bouger. L’énergie sur scène comme en classe, vient puiser dans les mêmes ressorts que lorsque j’étais en train de faire un match de football. Si tu n’es pas vraiment là dans un match, tu vas louper des balles, tu ne vas pas avoir les bons déplacements.

Être prof, c’est nécessairement jouer un rôle. Avec le recul, je pense que j’ai trop joué « le prof méchant », presque plus proche du flic. J’ai changé sur mes dernières années et j’ai constaté que cela se passait finalement mieux. Contrairement à ce que l’on me dit souvent, je n’étais pas un prof rigolo, même si aujourd’hui je fais surtout des spectacles comiques.

C’est d’ailleurs l’une des raisons, en plus de ma volonté de prendre du temps pour écrire, qui m’a poussé à partir. J’avais de plus en plus de mal à accepter de jouer ce rôle de rigidité et de devoir recadrer régulièrement les élèves.

B. C. : Quelle place penses-tu qu’il faudrait accorder à l’EPS à l’école ?

Y. M. : « Ça ne sert à rien ! Non, je plaisante… ». On voit bien que les gamins, à l’extérieur, bougent de moins en moins. Avec le développement de l’IA et des tablettes, nous sommes dans l’ère de « l’algorithmisation du monde qui vide notre existence de son caractère imprévisible et sensible. Nous entrons dans le désert de nous-mêmes » comme le dit Éric Sadin.

C’est en ce sens que c’est fondamental : on pourrait passer à 6 h par semaine.

L’EPS et le sport permettent de rompre cette tendance et d’exprimer un désir de retour au corps. L’EPS est fondamentale car c’est l’endroit où tu peux encore être connecté à toi-même. Tu vas pouvoir exprimer et ressentir ta différence dans une société qui tend à faire de nous des individus semblables. Pour moi, le corps est le lieu d’expression de soi-même, de découverte des différences de l’autre, puis de la rencontre sociale. Le sport permet d’apprendre à faire avec l’autre, de jouer avec l’autre même dans la compétition.

Dans le sport, Il y a une diversité de récits. Tu peux raconter une histoire de guerre ou de coopération. Beaucoup de sports sont une métaphore de la guerre, mais de manière ludique, tempérée et à l’écoute. Faites du sport, vous allez travailler votre imaginaire !

B. C. : Tu as joué 900 fois « La tragédie du dossard 512 » et, en ce moment, tu joues aussi un autre spectacle, « Le sublime sabotage ». Peux-tu nous en dire plus ?

Y. M. : J’ai fait l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, l’UTMB. J’étais encore prof d’EPS à Lille à l’époque et j’allais m’entraîner après les cours, sans dénivelé bien sûr. J’ai décidé de faire de cette course un one-man-show sur l’histoire que j’ai vécue. Je raconte donc ce qui se passe dans cette course : le rapport au corps, la douleur…

Le sublime sabotage est l’histoire d’un acteur qui décide de se retirer à la campagne et d’arrêter le monde du spectacle. Un jour, il lit une mauvaise critique d’un ancien spectacle. Il décide de se venger et de refaire un spectacle, mais cette fois le meilleur de tous les spectacles jamais écrits depuis la nuit des temps, avec un orgueil démesuré. Il va lui arriver une aventure burlesque.

B. C. : Quelle place avait pour toi l’humour dans ton travail de prof d’EPS ?

Y. M. : C’est un peu comme dans d’autres situations de la vie. L’humour permet de détendre l’ambiance. Il est aussi une façon de se défendre face à une situation un peu tendue. Il faut aussi parfois savoir ne pas faire de blagues dans certaines situations de la vie sociale. J’ai aussi essayé le second degré, mais c’était plus difficile car les élèves pensaient que je me moquais d’eux.

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