Décryptage du projet de réforme de la voie professionnelle

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Par Eric Donate

E. Macron a lancé sa réforme de la voie professionnelle1. Il s’appuie sur une communication mensongère arguant que « toutes les réformes depuis de nombreuses années ne touchent pas le lycée pro ». Il cache la fragilisation de la voie pro depuis 15 ans en n’évoquant ni le passage du Bac Pro 4 ans à 3 ans (2009), ni la Transformation de la Voie Pro (TVP 2018) conduite par son propre gouvernement et qui a entraîné une perte conséquente du volume horaire .

Cyniquement, il adopte une posture qu’il veut courageuse et ambitieuse (« on fait comme si c’était au fond moins important, je pense le contraire »). Nous devons dé- crypter cette communication et expliquer que c’est tout à la fois une attaque contre le statut des enseignant·es, et un modèle récessif du LP qu’il projette .

E. Macron déploie une stratégie s’appuyant sur 12 mesures, dont la première est le « Pacte LP ». Ce pacte, prévu pour les professeur·es en LP est constitué de 8 unités dont 6 à choisir, chacune rémunérée à hauteur de 1 250 € bruts : 1 pacte = 6 unités = 7 500 € bruts. Ce pacte contraindra donc les enseignant·es à devoir réaliser 6 missions, parmi lesquelles l’enseignement et accompagnement dans les périodes post bac pro, ou encore l’accompagnement vers l’emploi.

Le pacte LP : bras armé délétère de la réforme

Aucune mesure n’étant financée, à l’exception de la gratification des stages et de la création du bureau des entreprises dès la rentrée 2023, le pacte va être l’outil de déploiement des autres mesures, donc de la réforme. Il sera, via les signataires, le destructeur des LP, des filières et de l’avenir des jeunes les plus en difficulté. Le pacte générera des tensions par la mise en concurrence des enseignant·es et contribuera à dégrader leurs conditions de travail. En effet, les mesures concernant le choix d’options par les élèves, les enseignements fondamentaux en classes réduites, la restructuration de l’année de terminale, auront pour conséquences de voir les non signataires du pacte (par refus de leur part, ou par non acceptation des chefs d’établissements) subir une difficulté d’accès aux classes de terminales, aux effectifs réduits, aux enseignements optionnels… Pire encore, le pacte LP, en contractualisant les missions assignées à chaque enseignant·e, mettra en œuvre un paiement à la tâche, à partir de missions éloignées du cœur de métier qu’est l’enseignement disciplinaire, et réparties de manière aléatoires sur l’année. C’est une attaque frontale du statut des enseignant·es qui doit inquiéter toute la profession et non les seul·es PLP.

Un projet de contre-démocratisation scolaire

Par ailleurs, ce projet de réforme dessine un mouvement récessif du LP, un mouvement de contre-démocratisation scolaire à destination des classes les plus populaires. En effet, les mesures créent les conditions, non pas d’une ouverture des LP sur le monde extérieur, mais d’une pénétration massive des acteurs, prioritairement de l’entreprise dans le LP. Par le brouillage des rôles de chacun·e, s’opère une transformation à marche forcée des fonctions de l’École et des missions des enseignant·es. Nous dénonçons là le recul d’une instruction et d’une formation équilibrées et ambitieuses pour l’émancipation de tous et toutes au profit d’une préparation continue à l’emploi dans les secteurs en tension (du fait de conditions d’exercice et de salaires déplorables) assignant à résidence géographique, culturelle et sociale, les plus fragiles de nos élèves. Cet adéquationnisme (pilotage des formations au seul prisme des besoins locaux et immédiats des entreprises), pour aussi dogmatique et inopérant qu’il soit, dessine un mouvement de fermetures/ouvertures de filières qui se fera au détriment du LP et au profit de l’apprentissage, s’apparentant ainsi à une vaste restructuration .

Nous dénonçons là le recul d’une instruction et d’une formation équilibrées et ambitieuses pour l’émancipation de tous et toutes au profit d’une préparation continue à l’emploi dans les secteurs en tension (…) assignant à résidence géographique, culturelle et sociale, les plus fragiles de nos élèves

Ces analyses doivent susciter un refus unanime de ce projet de réforme et du pacte LP et nous conforter dans notre combat pour une école ambitieuse et émancipatrice pour nos élèves, malgré les attaques subies par la voie pro depuis 15 ans !

  1. Discours de Saintes, 4/05/2023 []
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